Lubie en Série

Fanny Herrero, le génie de Dix Pour Cent !

Derrière le succès de Dix Pour Cent se cache une femme, une créatrice de génie qui a permis à cette histoire d’agents artistiques de prendre vie et de nous faire vibrer, nous, téléspectateurs. Lors de la projection des deux premiers épisodes de Dix Pour Cent chez France 2, j’ai pu discuter autour d’une table ronde avec Fanny Herrero qui s’est livré à quelques confidences sur la série.


L’épreuve de la saison 2

Fort du succès de la saison 1, avez-vous ressenti une forme de pression sur la saison 2 un besoin de faire vite ?

Fanny Herrero : “On l’a senti cette pression. On a essayé de rester un peu tête froide pour ne pas céder à ça pour plein de raisons. D’abord, parce que n’importe quel créateur de série dirait que cette série est difficile à écrire. C’est un vrai mille-feuille et c’est énormément de retravail sur le scénario pour arriver à trouver la réplique qui fait mouche. On a beau avoir de bons cerveaux dans notre writing room, il faut toujours trouver des situations surprenantes. C’est beaucoup de travail et c’est long. Et ensuite, on a une spécificité sur Dix Pour Cent pour faire venir des guest stars, ça prend plus de temps que quand il n’y en a pas. C’est tout bête mais dans une série classique, les textes sont finis et on rentre en prépa, les récurrents sont au courant. Nous, il faut aller chercher Fabrice Luchini, il faut aller chercher Juliette Binoche et du coup il faut des textes très aboutis. On ne peut aller les chercher avec un synopsis, il faut qu’il y ait des dialogues à lire pour que ça leur donne envie et une fois qu’ils les ont lu c’est deux, trois, quatre mois de discussion, de négociation et des fois, ils disent non donc on va chercher quelqu’un d’autre. Nous, on sait qu’il y a quatre mois incompressible pour aller chercher les stars, les convaincre, faire ce temps de travail et que la prépa puisse avancer sereinement. C’est une spécificité de Dix Pour Cent. Entre un an sur une série classique et un an et demi pour nous, il y a ça à l’intérieur”


Présentez-nous Hicham Janowski, le nouveau personnage de la saison 2 ?

Fanny Herrero : “L’idée d’Hicham, c’est d’avoir un personnage qui vient rebattre les cartes. On a un élément perturbateur. On a un siège vide en fin de saison 1. Il n’allait pas rester vide éternellement ce fauteuil. Il fallait quand même le remplir donc la question de la saison 2, c’est comment le remplir et avec qui ? Quelle genre d’énergie on cherche ? Je me suis un peu creuser la tête dans mes impulsions j’avais envie d’un personnage masculin assez alpha mâle et j’avais envie de le foutre dans les pattes d’Andrea car c’est elle le mâle alpha. J’avais envie d’une confrontation entre les deux et de cette confrontation est née une certaine tension sexuelle que je trouvais intéressante. Je trouvais qu’il y a avait quelque chose de ludique, moderne et inattendu parce qu’Andrea, elle est évidement lesbienne et il n’est pas du tout question qu’elle dévie de sa route. Mais pour autant c’est intéressant car dans la vie, on peut avoir de la tension avec n’importe qui et je trouvais ça marrant que ce ne soit pas un hétéro pour un homo mais l’inverse. Puis, ils se connaissent, ils ont déjà un passif. J’aimais bien ce petit jeu entre eux qui sont deux joueurs de poker, deux transgressifs du combat de coq entre un homme et une femme. Je trouve qu’elle ça la galvanise. Après peut-être que je l’avais imaginé de façon un peu plus ludique et ils en ont fait quelque chose de plus rugueux. En fait, on dirait un peu deux espagnols les deux. Mais je trouve ça bien et puis, on finit par aller avec eux. Puis, le comédien qu’on a choisi pour jouer Hicham a ce côté très félin, très animal. Il apporte vraiment  une couleur qu’on avait pas dans l’échiquier de Dix Pour Cent”.


Focus sur l’épisode 1 saison 2

Le premier épisode de la deuxième saison toujours pas évident car il y a une attente vis-à-vis du succès de la saison précédente et il faut redémarrer une intrigue tout en n’oubliant pas les épisodes précédents. Fanny Herrero et son équipe de cinq auteurs s’en sortent très bien avec un épisode introductif de saison qui replonge dans l’univers de Dix Pour Cent en quelques secondes, ses agents, son univers ASK et les répliques cultes fusent rapidement, marque de fabrique du programme. D’ailleurs, le village de Couché va devenir mythique, je le sens.


Racontez-nous l’histoire du double agent dans l’épisode 1 de la saison 2 ?

Fanny Herrero : “C’est histoire, c’est partie d’une anecdote que Dominique Besnehard m’avait raconté il y a longtemps où il représentait une actrice quand il était agent, une grande actrice qui venait de se faire tromper par son compagnon qui avait couché avec une autre actrice que Dominique représentait aussi. La première actrice cocue qui arrive comme là comme Virginie Efira avec son sac Tati effondrée, lui confiant son malheur et lui disant je ne veux plus que tu représentes cette autre actrice. Tu choisis c’est elle ou moi. Elle était tellement blessée. J’ai trouvé cette situation géniale mais j’avais pas envie de recommencer la rivalité féminine que l’on avait déjà traité dans la saison 1 avec Line Renaud et Françoise Fabian. Puis, c’est un thème que je trouvais intéressant jouer par des femmes plus âgées mais c’est pas un thème qui me passionne la rivalité entre les femmes. Donc, ça m’intéressait plus de le traiter dans une crise de couple et en plus, le couple, c’est un thème important de la saison pour tous nos personnages. Je me disais que c’était marrant d’avoir un agent qui représente un couple comme ça arrive plein de fois et de devoir avoir à choisir entre les deux. Réparer à un endroit, mettre Gabriel sur le coup. ça crée des situations savoureuses”.


Le village de Couché existe-t-il vraiment ?

Fanny Herrero : “Oui. C’est le village de Sabrina Karine, qui est une des auteurs de la série. C’est près de Dijon”.



Les secrets de fabrication de Dix Pour Cent

Dix Pour Cent, c’est des répliques cultes ! Quel est votre secret de fabrication ?

Fanny Herrero : “C’est beaucoup de recherche et d’attention à ce qui nous entoure. Après les comédiens rajoutent des petites choses mais il n’y a pas énormément d’impro sur Dix Pour Cent. Moi, j’ai parmi mes amis des gens qui sont très Dix Pour Cent compatible c’est-à-dire qui sont des gens assez extravertis, qui ont une façon de jouer avec le langage, ce sont souvent des comédiens et si c’est pas des comédiens des gens du spectacle. Et eux c’est une source d’inspiration assez forte. Puis, il y a moi comment je m’exprime. Moi, j’aime beaucoup jouer avec les mots, inventer des mots comme hiroshimesque, c’est quasiment quelque chose que je pourrai dire moi. Je mets beaucoup de moi dans Andrea. Andrea c’est mon défouloir, c’est mon amazone, c’est là où je mets tout ce que moi je ne vis pas. C’est un plaisir des mots. On est auteur donc parfois on aime jouer. Mais, parfois ça vient d’un coup super et parfois pour  aller trouver le bon enchaînement : ‘Ah Mathias t’es plus humain depuis que tu es séparé de ta femme’ ‘Non, c’est provisoire’ c’est un bon enchaînement de répliques que nous devons à Benjamin Dupas, co-auteur de l’épisode 1 (saison 2). C’est vraiment une scène brillante, extrêmement bien écrite. C’est des couches et des couches de travail pour aller trouver la bon rythmique. Parfois on la trouve parfois, on la trouve pas. C’est notre Graal c’est ce qu’on cherche. Puis, parfois on l’a trouvé sur le papier et elle est moins bien à l’image à l’inverse, on la trouve moyenne sur le papier et puis d’un coup, ils vont en faire un truc génial”.


Les comédiens peuvent-ils modifier des répliques ?

Fanny Herrero : “Moi, je suis peu pycho-rigide.  Pour moi, il y a un truc très important c’est les lectures. Je dis toujours aux comédiens, on en parle, sentez-vous libre. Vous pouvez me dire que ça vous aimez pas que ça vous le sentez pas en bouche. Parlons-en. Après sur le plateau, il y a toujours des choses qui arrivent et là  qu’il faut laisser arriver mais j’aimerais pas qu’on modifie beaucoup les répliques sur le plateau. Faisons-le en amont, c’est du travail, mettons-nous d’accord. C’est aussi pour ça que je viens sur le plateau, c’est pour veiller à la cohérence. Ce n’est pas pour veiller qu’ils disent la réplique à la ligne près, je ne suis pas complètement rigide parce que parfois ils ne se rendent pas compte. Puis, il y a des trucs, c’est de obsessions. Il y a un registre de langage que je n’aime pas je ne veux pas que Dix Pour Cent soit vulgaire. Je n’ai pas envie que les gens s’exprime mal. Alors parfois un ‘putain’ un ‘connard’ peut sortir parce que c’est la vraie vie. Moi j’ai envie que les gens parlent bien globalement dans Dix Pour Cent qu’il y ait un registre qui soit assez sophistiqué. Parfois, les acteurs ils peuvent oublier  et lâcher un ‘putain’ mais ça va me gêner. Mais bien sûr, il y a une part de liberté et ils vont rajouter un truc qui sera ultra savoureux. Fabrice Luchini l’a fait quelque fois dans l’épisode et c’est génial. Quand il dit ‘vous êtes frontal, vous’ C’est lui qui a apporté ça, j’y avais pas pensé et c’est génial. ‘Un acteur régional’ c’est vraiment hyper drôle c’est lui qui a trouvé ça”.


Qu’est-ce qu’il y a de vous dans nos agents ?

Fanny Herrero : “Je vais mettre le monstre froid qui est forcément un peu en moi dans Mathias. La sadique primaire, une espèce de revanche féminine sur les hommes que je peux avoir au fond de moi, je la mets dans Andrea. Le nounours tendre, amoureux, romantique que j’ai en moi, je le mets dans Gabriel. Et Liliane, c’est Liliane”.


Vers une saison 3

La saison 3 est déjà en écriture afin d’assurer le rythme de travail et livré en grand maximum en un an et demi.


Est-ce qu’on peut espérer une saison 3 avec plus d’épisodes ?

Fanny Herrero : “On arrivera pas à les faire en un an et demi pour les raisons expliquées. C’est mathématique soit on prend plus de temps soit on fait moins d’épisodes. Je sais que six c’est frustrant et on en a parlé avec les producteurs car c’était un vrai sujet : est-ce qu’on essaie d’en faire huit ? On s’est dit que non. On a aussi un savoir-faire sur six. On est bien dans notre maison, elle est équilibrée. On sait qu’elle est un peu frustrante et en même temps pour nous, c’est un gage de qualité. Dans ce temps imparti, on arrive à bien en faire six. On n’est pas aux Etats-Unis, on est encore dans un truc très artisanal et on assume”.


Les coulisses


Dix Pour Cent Saison 2 sur France 2 !

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