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HIPPOCRATE saison 2 : comment raconter de l’hôpital, c’est parler de notre crise ?

hippocrate saison 2 canal +

Après une saison 1 réussie qui a prouvé que la France pouvait faire des séries médicales digne de ce nom, HIPPOCRATE est de retour pour une saison 2 tout aussi palpitante sur Canal +. Il est temps de retrouver Chloé, Hugo, Alyson et Arben dans le feu de l’action et de continuer leur chronique sur l’hôpital. À l’occasion de la conférence de presse en zoom qui réunissait Thomas Lilti, showrunneur de la série et les acteurs : Louise Bourgoin, Alice Belaïdi, Zacharie Chasseriaud et Karim Leklou, j’ai pu poser quelques questions sur cette saison 2 d’Hippocrate tant attendue.

 

HIPPOCRATE saison 2 : le contexte

La réalité

Est-ce qu’une série médicale doit parler du COVID-19 ? C’est une question du type casse-tête chinois que c’est bien évidemment posé Thomas Lilti, showrunneur de la série. Il rappelle que « la saison  2 a été écrite la crise sanitaire du mois de mars 2020 et le tournage avait commencé avant le premier confinement ». Néanmoins, la crise que vivent nos internes fait étrangement écho à la réalité du COVID19.

Thomas Lilti a choisi de ne pas aller sur le terrain du COVID pour « ne surtout pas instrumentaliser ce qu’on est entrain de vivre. D’une part parce qu’on manquait de recul et d’autre part parce que ça aurait assez obscène que d’instrumentaliser cette crise sanitaire violente pour tout le monde humainement et socialement. Ne pas l’instrumentaliser pour en faire du divertissement et une série d’entertainment. J’ai essayé d’être attentif à ça. On ne va profiter de ce qu’il se passe pour créer des enjeux artificiels ».

C’est tout à son honneur car il n’a pas besoin du COVID pour raconter l’hôpital ce qu’il fait de nouveau avec brio dans cette saison 2. Pour info, Thomas Lilti est retourné à l’hôpital donner un coup de main pendant la crise en reprenant sa blouse de médecin et en fournissant du matériel qu’il avait à disposition sur son tournage.

 

La fiction

Pour rappel, à la fin de la saison 1 d’Hippocrate, Chloé  était en route pour une opération à risque. Arben était face à son mensonge et partait sans un mot. Hugo et Alyson semblent douter de leur vocation.

Le contexte de la saison 2 : C’est l’hiver. Les hôpitaux sont submergés. Une canalisation a sauté,  inondant les urgences de l’hôpital Poincaré. Les soignants et les  malades doivent se replier en médecine interne. Alors Alyson, Hugo, Chloé sont plongés au coeur des urgences sachant que Chloé n’est plus la même depuis son opération. Quant à Arben, personne ne sait où il est…

Louise Bourgoin © Canal +

 

Interview talents !

Est-ce qu’à la fin de la saison 1 vous aviez déjà cette idée en tête d’emmener le téléspectateur dans un autre service comme celui des urgences ? En passant de la médecine interne aux urgences, vous proposez un autre défi de taille à nos internes ?

Thomas Lilti : « Moi, je découvre la fabrication d’une série en même temps que je le fais. J’ai fait pareil pour le cinéma. Comme vous le savez, j’ai fait des études de médecine et pas des études de cinéma. Donc, tout est découverte pour moi. Ce que j’ai découvert en faisant la saison 1, c’est que pour aider le téléspectateur a rentré dans l’aventure, il faut qu’il y ait un point de départ fort. Il suffit pas de dire on va raconter l’histoire et la chronique de 4 internes. Déjà Hippocrate est une série qui est basée sur des personnages et de l’humain, éventuellement avec une dimension chronique assez forte. Même si les retours étaient extrêmement positifs sur la saison 1, il y avait toujours ce petit bémol, on en sourit aujourd’hui, sur le point départ de la saison 1 qui était ce virus avec ces médecins mis en confinement, en quarantaine. aujourd’hui, on se rend compte qu’il y avait une sorte de petite prescience de ce qu’il allait se produire. J’en tire aucune gloire, ça m’a totalement échappé. Pour la saison 2 pareille, je me suis dit, on ne peut pas faire une saison 1 bis. Il va falloir un nouvel événement quelque chose qui raconte l’hôpital. Quelque chose qui a un effet loupe c’est-à-dire, je veux raconter l’hôpital d’aujourd’hui mais il faut pouvoir faire de la réalité augmentée mais c’est parce que c’est de la fiction que ça va raconter la réalité. La réalité augmentée, c’est les urgences débarquent dans un service de médecine interne qui n’est pas préparé. Évidemment, je ne pouvais pas imaginer que c’est ce qu’on allait vivre en réalité quelques mois plus tard. Mais, je me suis dit là, il y a un point de départ à nouveau les internes sont seuls aux commandes ce qui racontent la réalité de l’hôpital parce qu’on a souvent des internes seuls aux commandes. Là, je vais raconter un service qui n’est pas du tout préparé à la mission qui lui est demandée. Alors, ça m’était venu à l’inter-saison. Mais ce qui m’avait nourri c’est qu’à la fin de la saison 1, il y a le personnage de Chloé Antovska joué par Louise Bourgoin, qui est réanimé tout l’épisode 7 et donc j’avais déjà tourné une scène d’urgence, de réanimation. J’avais pris énormément de plaisir à tourner la scène et je trouve que c’est une des choses réussies de la saison 1. Ce rythme trépidant autour de la prise en charge d’urgence, de réanimation d’un personnage. Je me souviens j’avais dit s’il y a une saison 2, il faut que ce soit une saison d’urgence. Donc, cette idée-là est arrivée en même temps que je fabriquai la saison 1. Tout ça s’est mélangé et à donner ce point de départ ».

 

Comment avez-vous travaillé avec cette contrainte du bras inactif de Chloé ? Votre personnage n’est-il pas plus en retrait dans cette saison 2 ?

Louise Bourgoin : « En saison 1, elle est très frondeuse, elle fait des excès zèle, elle est très première de classe à essayer de guider tout le monde. On a presque l’impression qu’elle est chef de médecine interne alors qu’elle est uniquement interne comme les autres. En saison 2, l’exercice délicat, à mon sens, c’était de surtout pas ajouter de pathos et de tristesse et de mélancolie. Dans l’écriture, elle est complètement accablée cette pauvre Chloé. Elle a donc une main morte à vie. On comprend dès le départ qu’elle est toute seule, qu’elle a déménagé. Simoni n’est plus là. ça fait beaucoup et en plus, elle est reléguée dans une sorte de petit cagibi, de placard à balais pour dicter les compte-rendus et faire de la paperasse. On peut pas démarrer plus bas que ça et Chloé Antovska, c’est quelqu’un qui a beaucoup d’ambition. La difficulté pour moi, c’était de surtout pas en rajouter dans la mélancolie et la tristesse et en même temps j’allais pas faire des milliards de blagues. C’était difficile, il fallait trouver un endroit juste pour que mon jeu soit cohérent avec tout ce qu’il lui arrive et en même temps que je ne sois une sorte de gros pléonasme. Laisser le téléspectateur projeter tout ce qu’il lui arrive ».

 

Karim Leklou; Zacharie Chasseriaud, Louise Bourgoin, Alice Belaïdi é& Bouli Lanners © Canal +

 

Avis saison 2 Hippocrate

Il y a peut-être plus de gravité dans cette saison 2 d’Hippocrate mais la qualité est toujours au rendez-vous que ce soit dans l’écriture, le jeu des acteurs ou bien la réalisation. Cette plongée dans les urgences avec nos héros internes est passionnante. L’écho avait la crise sanitaire du Covid-19 paraît évident même si ce n’est pas la même situation. Comme le disait Thomas Lilti en conférence de presse, dans cette saison 2 il raconte l’hôpital tel qu’il est avant la COVID ce qui n’est pas forcément mieux pendant le COVID et ce sont ces gens que l’on applaudissait à 20h pendant le premier confinement. Cette immersion au coeur de l’hôpital fait peur et en même temps, on sent une telle sincérité dans le récit. On voit surtout des internes désœuvrés qui doivent accomplir des miracles dans des conditions difficiles. Encore une fois, c’est un récit plein authenticité qui nous est livré dans cette saison 2 d’Hippocrate et le clin d’oeil final est juste parfait !

 

Ma note :

Hippocrate saison 2 sur Canal +

 

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