Lubie en Série

Missions : propulser la série française sur Mars !

missions série

Si je vous dis “série française de science-fiction“, vous me dites “ça existe” ? Je vous réponds “oui” et là vous me dites “mais c’est une bonne série vraiment” ? Et je vous réponds de nouveau “OUI” et je l’ai trouvé, elle s’appelle Missions !

Missions est partie d’une idée folle du producteur d’Empreinte Digitale (La Lazy Company, Les Grands), Henri Debeurme qui pitche à OCS une série de science-fiction sur la conquête spatiale de Mars. La chaîne fait confiance à la boîte de production qu’elle connait bien et donne son accord. Henri Debeurme explique : “En fait, à la base j’ai imaginé la série, le pitch tout seul. J’ai vendu la série à OCS et ensuite, j’ai appelé Julien (Lacombe) et Ami (Cohen) pour qu’on construise l’histoire tous ensemble et donc on a tout pété et on a recréé quelque chose de nouveau”. Dès lors, Henri Debeurme se retrouve avec ce projet fou dont il partage la conception Julien Lacombe (et réalisateur de la série également) et Ami Cohen. Les voilà partis en Missions…

 

Missions, une série d’ambition

Pour créer une série française de science-fiction comme Missions, il faut avoir de l’ambition. On vise Mars tout de même ! Comme le dit à juste titre, Julien Lacombe, auteur et réalisateur de la série : “Mars, c’est un peu la nouvelle frontière aussi bien que pour la science-fiction que pour la science surtout”. Et il en faut encore plus d’ambition quand le budget est serré approximativement 1,5 millions d’Euros pour l’intégralité.

Alors, un parti pris a été fait, on ne fait pas une série de science-fiction à l’américaine avec des tonnes d’effets spéciaux tous plus dingues que les autres. On reste dans le réalisable et on s’appuie sur la construction des personnages et de la mythologie qui les entoure. Et c’est là, l’idée brillante qui fait de Missions une belle réussite française. Néanmoins, ne vous méprenez pas les décors sont splendides et l’effet Mars garantit. C’est juste que la série n’est pas prétentieuse et propose une histoire spatiale réaliste. Potentiellement, la guerre entre les milliardaires pour la conquête de Mars comme Willam Meyer, le français et Ivan Goldstein, l’américain dans la série, semblent tout à fait plausible et peut-être un futur proche ?

 

Inspiration Lost

Les auteurs de la série ne s’en cachent pas Lost est une véritable source d’inspiration pour Missions. Julien Lacombe le revendique : “On s’est retrouvé autour d’une référence commune qui est Lost. On est très loin de Lost, on ne va pas se comparer à des modèles […] Ce qui nous intéressait dans la référence à Lost, encore une fois, on est très loin de ce modèle avec nos tous petits moyens et notre ambition narrative bien moins importante. Ce qui nous faisait triper dans Lost, en tout cas, dans les premières saisons et après ça s’est un peu dégradé. C’est qu’il y avait tout un univers qu’on ne saisissait pas mais qu’on arrivait tout de même à sentir d’une certaine manière. C’est un peu ce que l’on a voulu créer. On ne doit pas comprendre exactement tout. On n’est un peu dans l’ordre du mystique et de la révélation à tire-larigot”. Toujours en conscience des réalités françaises, l’équipe créative voulait juste créer cette mythologie qui intrigue et fascine mais à l’instar de Lost, donner quelques réponses au bon moment. Par exemple, la fin de la saison 1 aura une réponse lors du premier épisode de la saison 2. Pas question de faire miroiter des monts et merveilles pendant plusieurs saisons sans donner de réponse à des éléments concrets. Et ça, on apprécie ! Il y a une part suffisante de mystère pour ferrer le téléspectateur mais aussi on lui donne des clefs pour ne pas le perdre.

D’ailleurs, lors du Festival Séries Mania saison 8, les auteurs de la série ont eu la chance de participer à un déjeuner professionnel avec d’autres auteurs autour de Damon Lindelof, co-créateur de Lost. Ils ont échangé sur les nombreuses contraintes rencontrées sur leurs projets. Henri Debeurme m’a confié une petite anecdote que lui a raconté Damon Lindelof. Vous souvenez de Monsieur Eko qui arrive en saison 2 de Lost ? L’acteur Adewale Akinnuoye-Agbaje a dit que s’il voulait qu’il continue la série, il fallait se déplacer à Londres car lui en avait marre d’aller à Hawaï. Alors, Damon Lindelof a supprimé le personnage d’Eko pour reporter une partie de son intrigue sur Desmond.

Dans Missions, on voit bien l’inspiration de Lost, d’ailleurs, il y a des blagues des personnages sur le sujet dont une sur les chiffres de Lost. Étant une ex-fan de Lost, j’avoue que ces clin d’oeil m’ont fait sourire. La mythologie de Missions est bien construite et si on me donne des clefs ne me laissant pas dans le flou complet ça me va. J’ai l’impression que c’est le cas, donc un bon point pour Missions.

 

Une histoire en deux temps

Le pilote, je l’ai vu sur grand écran lors du MIPdrama Screenings et j’avoue avoir été assez surprise de la qualité. Cette histoire m’intriguait suffisamment pour provoquer cette envie de voir la suite. Les autres épisodes ont tenu promesse même si je reconnais qu’il y a eu une sorte de cassure à partir du moment où les américains entrent en scène. Ils deviennent les méchants de l’histoire et cette partie de guéguerre entre la team Ulysse et les autres pro-Goldstein m’a moins séduite. Je préférais toute la partie mystère autour de Komarov. Qui est-il ? Pourquoi est-il envie ? Comment a-t-il survécu ? Voilà les questions qui m’intéressaient parce que le personnage de Komarov est assez fascinant. On ne connaît pas ses intentions. Il inspire la défiance et c’est intéressant à voir.

Un défaut de la série, c’est de proposer trop de sous-intrigues qui prennent de la place sur d’autres intrigues plus essentielles comme celle de Komarov ou l’intelligence Irène qui rencontre des problèmes techniques par exemple. On sent qu’il y a une volonté de donner assez de matière aux huit personnages à bord mais cela a tendance à émietter l’intrigue à sa défaveur.

Casting international

Missions, c’est un casting international. L’objectif est de rendre crédible cette mission sur Mars. Vous pensez bien que les français tous seuls ne vont pas partir sur Mars, ce sont soit des projets européens à minima ou bien internationaux. Alors au sein d’Ulysse et sur Mars, on parle un peu toutes les langues. Les français parlent même anglais. OCS a laissé carte blanche aux auteurs pour le casting comme l’explique Henri Debeurme : “Quand on parle de casting à OCS. En fait, on ne parle pas de casting avec OCS, ils nous disent juste, prenez de bons acteurs. Du coup, ça met de côté toute une discussion qu’on a avec d’autres diffuseurs. Il faut un peu de notoriété alors qu’aux États-Unis, il y a rarement quelqu’un de connu. Dans Lost, personne était connu ou ils avaient fait des petites séries par ci, par là. On ne se pose pas vraiment cette question car les personnages sont plus forts”.

En plus, les acteurs ne jouent pas forcément leur nationalité par exemple Ivan Goldstein, le milliardaire américain est joué par le belge Vincent Londez et Arben Bajraktaraj est albanais et non russe comme son héros. Mais aussi un casting qui fait défaut avec des inégalités de jeu entre les acteurs, parfois, c’est difficile de suivre certains personnages car le jeu de l’acteur n’est pas au niveau. Comme le scénario est bien écrit, cela nuit un peu à la qualité de la série pourtant bien réussite dans l’ensemble.

 

Le saviez-vous ? Komarov, un héros russe…

Le personnage de Vladimir Komarov a vraiment existé. Mort le 24 avril 1967 à l’âge de 40 ans, le cosmonaute soviétique est le premier homme à avoir perdu la vie dans la course à l’espace qui opposa l’URSS aux Etats­-Unis. Il s’est sacrifié car il savait qu’en entrant dans la capsule Soyouz son destin allait s’arrêter. Mais, c’était soit lui soit son meilleur ami Youri Gagarine et tout ça pour célébrer le cinquantième anniversaire de la révolution russe. Véritable héros en Russie, Henri Debeurme réalise l’ampleur du personnage : “C’est une histoire vraie. C’est pas facile à porter pour un acteur. Pour nous elle est anecdotique, pour les russes c’est une principale histoire de leur culture”. “Il y a une journaliste russe qui est venue nous voir les larmes aux yeux pour nous remercier d’en avoir parler”.

 

Ma note saison 1 : 

 

Missions est le fleuron d’une ambition française et il faut véritablement encouragé ce genre d’initiative positive pour la création française. Même si la série présente quelques faiblesses dans son histoire, il y une vraie proposition de science-fiction avec des personnages intéressants (plus ou moins bien joués par les comédiens) et une mythologie fascinante. Missions est la preuve vivante que la France peut faire de la science-fiction en série.

 

? Missions sur OCS !

Exit mobile version