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MYTHO : interview sans mensonges de l’équipe de la série !

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Mytho a été présentée en avant-première au festival Séries Mania et elle a su convaincre le public du festival qui décerne à cette série française d’Arte son prix attitré mais aussi un jury international qui attribue à Marina Hands, actrice principale de la série, le prix d’interprétation féminine. Moi-même présente dans ce public lors de l’avant-première lilloise, je ne peux qu’être d’accord avec celui-ci qui a su voir la pépite qu’est Mytho. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien que la série a été également montrée deux fois sur grand écran au festival de la fiction TV de La Rochelle. C’est d’ailleurs, lors de ce dernier que j’ai pu m’entretenir avec l’équipe de Mytho autour d’un point presse regroupant Anne Berest (auteur de la série), Fabrice Gobert (réalisateur), Bruno Nahon (producteur) et les comédiens Marina Hands qui joue Elvira et Mathieu Demy qui joue Patrick.

Mytho, c’est l’histoire d’une femme, Elvira, qui décide de mentir à ses proches en prétendant être atteinte d’un cancer. Alors, du jour au lendemain, son équilibre familial se bouleverse et le monde change autour d’elle. Mais, Elvira n’a-t-elle pas dépassé les limites avec cet énorme mensonge ? Fallait-il en passer par là pour qu’elle ne soit plus transparente aux yeux des siens ?

Ce pitch ou ce Mytho peut paraître grotesque à première vue et pourtant, la première fois qu’il m’a été pitché lors de la conférence de presse d’Arte à ce même festival de La Rochelle une année plus tôt, celui-ci m’a intrigué. Je me suis dit qu’il fallait oser ! Quels créateurs de séries étaient assez fous pour se lancer dans ce délire et quel producteur investirait ses billes dans un tel projet ? Mais, surtout quelle chaîne allait oser diffuser une série pareille ? Il fallait un combo magique deux créateurs de séries inventifs comme Anne Berest et Fabrice Gobert (le même créateur de la série Les Revenants), un producteur audacieux comme Bruno Nahon qui a déjà prouver son audace avec Ainsi Soient-Ils et une chaîne qui sorte du carcan des cases comme Arte pour se risquer de mettre à l’antenne sa première série familiale d’un nouveau genre.

Oui parce que Mytho est avant tout une série familiale et c’est Mathieu Demy qui le dit : « Tous les personnages ont un mensonge. On a parlé de la maladie mais ce n’est pas du tout une série sur la maladie, c’est une série sur la famille ». Voire une série sur le mensonge, l’acteur poursuit : « Ce qui est intéressant avec Patrick c’est qui a un mensonge et la manière dont les deux mensonges prennent le relais l’un de l’autre pour nourrir la dramaturgie est vraiment habile ». Mais à vrai dire, il y a un message bien plus profond dans Mytho comme l’explique le producteur : « C’est une série qui fait réexaminer nos propres comportements, en tout cas dans cette saison par rapport à la maladie. Est-ce qu’il faut qu’on attende que des gens qu’on aime soit malade pour se rapprocher d’eux ? C’est universel ». En même temps, le producteur dit : « L’ADN d’une dramaturgie de série, c’est un personnage qui fait quelque chose d’amoral et légitime. Les deux ». Elvira y plonge la tête la première.

 

Un duo de Mytho !

C’est pourquoi Bruno Nahon a eu l’idée de génie de rapprocher deux talents venant d’univers bien différents. D’un côté, Anne Berest, une romancière parce que Bruno Nahon avait une bonne idée en tête, il explique qu’il a « essayé d’amener des romanciers, comme ça se fait dans le monde anglo-saxon, à l’écriture de scénario. Celle avec qui ça, non seulement, marchait et avec qui a ça était une aventure de dingue […] c’est Anne, qui s’est convertie au scénario […] parce que le travail de roman n’a rien à voir ». Pour la réalisation, il choisit Fabrice Gobert, connu pour Les Revenants et d’autres oeuvres dramatiques mais bien loin de la comédie, un choix justifié ainsi par le producteur : « Quand j’avais produit Ainsi Soient-ils saison 1, Les Revenants étaient diffusés un mois après. J’avais reconnu quelque chose dans Les Revenants quelque chose qui était moins présent dans Ainsi Soient-Ils, le seul créateur d’un univers c’est Fabrice Gobert. Je n’en ai pas vu d’autres depuis. Sa réaction était bienveillante et étrange en disant ‘mais il y a de la comédie’ ? Comment ça se fait que vous pensez à moi ? Moi, je sais notamment au cinéma que justement quand on sait faire du genre, du fantastique, une écriture à l’image d’une précision absolue qu’est la sienne alors le rire n’est pas loin parce que ça demande la même précision, il n’y a rien qui n’est pas pensé dans Mytho ». En plus, il fait un heureux réalisateur ravi qu’on pense à lui pour ce type de projet en série : « J’étais très content qu’on me propose des choses légères, drôles. J’ai la chance qu’on me propose beaucoup de projets mais souvent ça tourne autour de gens morts, de fantômes, de vampires :p Il y avait quand cette dimension un peu sombre qui était présente dans l’écriture et moi qui me plaisait ».

 

Bruno Nahon, Mathieu Demy & Fabrice Gobert

 

Mytho est un beau petit bijou bien de chez nous desservi par des acteurs majestueux surtout le duo Marina Hands et Mathieu Demy. Marina Hands dit d’Elivira, son personnage : « Ce que j’ai adoré, c’est de jouer un personnage qui minute après minute ne savait pas ce que sa vie allait devenir et qui est néanmoins très vivante. Cette espèce de force de vie mais qui essaie d’éviter la catastrophe en permanence ». Mathieu Demy qui est aussi réalisateur est seulement acteur dans la série ce qui lui convient : « J’adore être acteur parce que je sais à quel point c’est difficile d’être metteur en scène. ». Cependant, peut-être serez-vous surpris comme moi par un changement de ton peut-être étrange vers la fin et un personnage incongru qui vient se mettre dans l’équation. J’ai justement interrogé les créateurs de la série sur le sujet :

Fabrice Gobert : « C’était présent dès l’écriture, dès la naissance du projet. On a l’histoire d’un personnage qui se lance dans un engrenage et il était important que la tonalité évolue parce qu’en fait c’est un engrenage complexe à suivre, à maîtriser. Si ça devient plus sombre, je pense que c’était la pente naturelle de la série. C’est comme ça que je l’ai lu en tout cas au début. Les séries que moi j’aime, elles évoluent tout le temps, elles sont tout le temps en mutation. J’espère que c’est fait de façon subtil. Mais, il y a cette idée que le premier épisode ne pouvait pas ressembler au premier. ça s’est fait naturellement, on s’est pas dit le dernier épisode sera beaucoup plus sombre. Il y avait quelque chose comme un processus qui accompagnait Elvira et aussi Patrick. On voulait que les personnages à la fin de l’épisode 6 soient différents de l’endroit où on les a trouvés. Il y a rien de pire que les séries où personne évolue et tout le monde est sur le même mode. Il y avait vraiment cette nécessité que la série évolue lentement mais sûrement sans perdre le ton parce que je pense que dans le dernier épisode, il y a des choses vraiment étranges mais il y a des choses étranges dans le premier épisode. Dans les dernier épisode, il y a des choses légères parce qu’il faut un peu de légèreté à certains moments mais sans doute moins que dans le premier. Moi, le plus important c’était que ce soit cohérent et on a vraiment oeuvré pour que ce le soit ».

Anne Berest : « Le point départ de Mytho, c’est très personnel, c’est ma mère qui a un cancer et que je l’accompagne et elle guérit. Je me rends compte pendant ce temps que la technétronique des plaques familiales bougent. On est la télévision, on n’est pas au cinéma, ça veut dire qu’on va chez les gens. Si un moment donné, je parle de la maladie et du cancer avec tout ce que ça peut avoir de drôle parce qu’avec ma mère, elle se cachait à l’hôpital pour fumer des clopes dans les toilettes, on rigolait. Mais, je me suis je dois aussi respecter un moment donné les gens qui traversent ça et qu’on va pas tout le temps se marrer du début à la fin. Un moment donné, Elvira elle va se confronter à la maladie vraiment. Quand j’ai écrit alors que j’ai vécu ça avec ma mère, j’ai passé une semaine en chimio dans l’hôpital d’oncologie de Sarcelles. C’était important pour moi à un moment donné, quitte à déstabiliser certains téléspectateurs, mais que ceux qui étaient malades, ceux qui ont des gens dans leur famille en chimio ne se disent pas que l’auteur ne s’est posé la question à un moment donné à qui je m’adresse et qu’on se dise que c’est dur pour les gens. Encore une fois on est à la télévision, on va chez vous.
Il faut à un moment donné apporter de la nuance à l’intérieur de la drôlerie ».

Marina Hands, Marie Drion, Jéremy Gillet, Zélie Rixhon, Jean-Benoît Dunckel, Fabrice Gobert, Anne Berest et Bruno Nahon

 

Mais peut-être est-ce volontaire pour permettre une ouverture vers une saison 2 assurée qui a été décidée par Arte en salle de montage. Anne Berest s’étonne agréablement et dit : « ça s’est très rare, ils l’ont décidé en salle de montage ». Une saison 2 à laquelle Anne Berest n’avait pas tout de suite penser mais heureusement, elle a eu les bons conseils de Fabrice Gobert ! Anne Berest explique : « Au départ, la saison était ce que l’on appelle bouclée. Et puis, je rêvais que ce soit Fabrice qui réalise la série puis, on se rencontre. Là, dans le travail, Fabrice me dit : ‘c’est dommage de boucler la série, parce qu’on sait jamais… peut-être que ça va marcher ». Fabrice rétorque avec humour : « Jai déjà vécu ça, c’est pour ça » :p

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