Lubie en Série

Rencontre Daniel Wu – Into The Badlands

Avec Daniel Wu, il faut se tenir à carreaux car l’acteur spécialiste des arts martiaux peut vous mettre K.O en moins de deux. Rencontre avec la star de la série Into The Badlands lors de son passage au MIPCOM à Cannes.

Daniel Wu – Photo Credit: James Dimmock/AMC

Comment vous êtes vous retrouvé sur le projet Into The Badlands ?

Daniel Wu : “En fait, Stacey Sher, une des autres productrices exécutive qui a produit Django Unchained, Pulp Fiction et autres films remarquables, nous sommes amis de longue date, elle m’a appelé en me disant qu’AMC l’avait contacté pour faire une série sur les arts martiaux mais elle ne connaissait rien sur le sujet et elle m’a demandé de l’aider à construire la série. À ce moment-là, elle n’a rien dit sur le fait que je joue dans la série. Donc, on a commencé à travailler sur la série et son concept, puis, on a recruté Al Gough et Miles Millar pour créer le monde de la série. Pendant tout ce temps, je me suis dit que je serai le consultant en arts martiaux en tant que producteur exécutuf et qu’on ferait venir l’équipe de Hong-Kong pour les arts martiaux. Je n’ai jamais pensé à moi pour jouer le rôle car AMC voulait deux batailles par épisode et cette saison contient 6 épisodes soit 12 batailles en une saison. Et la saison prochaine, peut-être 10 épisodes soit 20 batailles mais personne peut faire ça, même Jackie Chan ne l’a jamais fait. Quand on fait des batailles d’arts martiaux dans les films, c’est 5-6 batailles mais sur 6 mois donc votre corps a le temps de récupérer. Quand on a fait cette série, je me battais entre 12 et 14 heures par jour sur 6 jours par semaine durant 4 mois. Je le savais et j’avais dit il faut que l’on trouve quelqu’un de plus jeune car j’ai 41 ans et ‘avais 40 ans quand on a tourné la série. Mon corps a quarante ans donc il faut qu’on trouve quelqu’un qui a 25 ou 30 ans. Puis, le script est arrivé et je me suis dit que le personnage était cool. Mais, je disais aux producteurs, il faut qu’on trouve quelqu’un de jeune car je pensais que c’était la meilleure solution. On a cherché quelqu’un et AMC voulait un asiatique, un bon acteur et un bon licencié en arts martiaux. Quelqu’un avec un nom connu pour donner du prestige à la série. On a regardé parmi tous ceux que nous connaissions et les producteurs n’étaient pas satisfait. Au bout d’un moment, ils se sont tournés vers moi et m’ont dit “allez Daniel tu dois le faire”. Puis, j’ai dit ok mais laissez-moi réfléchir à comment m’entraîner pour ce rôle. J’avais coupé les ponts avec les films d’arts martiaux depuis 6 ans et essayé d’explorer d’autres univers dans ma carrière d’acteur et je ne voulais pas être catégorisé comme acteur uniquement dans les arts martiaux. Je continuais quand même à m’entrainer mais c’était seulement 2 à 3 jours par semaine plus comme un loisir qu’en tant que professionnel. Il faillait que je réfléchisse à l’entraînement et comment faire pour jouer un rôle comme celui-ci. Une fois planifié, j’ai accepté. Mais, ce qui m’a vraiment donné envie de jouer le rôle c’est la manière dont Al et Miles ont écrit l’histoire car ça aurait pu être écrit de façon kitch. C’était une des discussions du départ car AMC aimait beaucoup le film L’homme au poing de fer dans lequel j’ai joué et je ne me voyais pas joué un rôle comme celui-là (Poisson violent dans le film) pendant 6 ans. Je voulais un personnage que je peux creuser et le voir évoluer au cours de la série. Je pense que c’est l’avantage avec la télévision, dans un film vous avez seulement 1h30 pour développer un personnage mais une série vous avez plusieurs années. Par exemple, Breaking Bad, ce personnage est juste extraordinaire. Donc, si je peux voir quelque chose dans ce genre dans le personnage alors je veux bien le jouer et c’est ce qui est arrivé au final”.

Même si les producteurs vous trouvez parfait pour le rôle, il paraît que vous avez tenu à jouer le jeu des auditions ?

Daniel Wu : “Je ne voulais pas qu’ils m’offrent le rôle, je voulais le mériter car il y avait des gens auxquels ont pensé pour le rôle et un d’entre eux étaient un de mes bons amis. Je ne voulais pas piquer le rôle à ces gens et je voulais rentrer dans la compétition et gagner ce rôle et c’est ce que j’ai fait. Je ne voulais pas que ce soit un projet de vanité pour ma personne et ce n’est pas ce que c’est. Je voulais mériter ce rôle et AMC a dit c’est lui qu’on veut”.

Al Gough a dit “Il n’y a pas de série d’arts martiaux à la télévision” : pensez-vous que la série Into The Badlands va lancer une mode ?

Daniel Wu : “Je pense que la série peut être l’étincelle qui va lancer le genre. Mais, ce qui m’importe c’est de faire découvrir ce genre et les arts martiaux au grand public parce que ce n’est pas une niche, c’est véritablement un gros budget. Ce projet a le pouvoir d’influencer les jeunes à apprendre les arts martiaux comme moi par exemple. Quand j’étais petit, j’ai vu les films de Jet Lee et c’est comme ça que j’ai commencé à apprendre le Kung-fu. Je pense que l’on verra davantage de séries sur les arts martiaux comme Rush Hour adapté en série et il y a Marco Polo. Il y a peut-être une tendance. Ça ne sera sûrement pas aussi dingue que la mode des zombies mais il y aura de l’intérêt pour les arts martiaux. Je peux vous dire pourquoi il n’y a pas eu beaucoup de séries sur les arts martiaux car c’est vraiment difficile à réaliser. Cela demande beaucoup d’efforts et d’argent pour être bien fait. Et si on avait pas le soutien d’AMC derrière nous, on aurait pas pu faire la série. Ils ont mis beaucoup d’argent, ils ont fait véritablement confiance en nous laissant créer ce que l’on voulait”.

Les batailles sont impressionnantes dans la série : pouvez-vous nous en dire plus ?

Daniel Wu : “On veut aussi qu’elles soient belles. On parle de : ‘belle violence’. Parce que si vous faites de la violence brutale, vous allez faire fuir l’audience même si j’apprécie ce style aussi mais ce n’est un truc grand public. On veut une audience féminine, on veut une audience jeune alors on veut rendre l’action impactante, réelle mais aussi belle”.

Pourquoi avez-vous choisi une dystopie (aussi appelée contre-utopie) pour Into The Badlands ?

Daniel Wu : “The Walkinf Dead est situé dans un futur proche, nous nous sommes dans un futur très lointain. Quelque chose est arrivée aux Etats-Unis mais on ne dit pas quoi. Il n’y a plus de gouvernement, plus de lois. Ce qui maintient la loi dans cet univers, ce sont ces cinq barons. Chacun a un peu de pouvoir et Quinn est le plus puissant, il a la plus grand armée et il maintient la paix dans le secteur et ils peuvent aussi déclencher une guerre et se battre. Ce monde est sorte de microscope de notre monde en général. On ne parle pas uniquement de gens qui se battent entre eux mais une réflexion sur la nature humaine. Je crois que chaque série sous forme de dystopie ou science-fiction ou monde apocalyptique essaie de faire un commentaire sur notre société. Dans ce monde vous verrez de la violence et du pouvoir. Le pouvoir est important car pour obtenir le pouvoir, il faut de la violence. Cela fait partie de la nature humaine depuis le début de l’humanité, regardez ces putain de guerres que nous combattons actuellement. Rien n’a changé. On utilise des armes différents et d’autres moyens pour le faire. Ce petit monde dans les Badlands est un reflet de notre monde plus grand”.

Pensez-vous qu’un bon équilibre entre le drame et les arts martiaux est essentiel pour le succès de la série ?

Daniel Wu : “Honnêtement, je pense que le drame est plus important que les scènes d’arts martiaux. À la fin de la journée, les scènes d’arts martiaux sont les plus difficiles et éreintantes mais c’est aussi faciles car on sait comment les rendre cool. Mais, si ça ne s’intégre pas à la série et que ces scènes sont déconnectées de l’histoire, je dis c’est comme de la pornographie. Dans le porno, ils ont une histoire pourrie pour arriver à l’action et souvent, ils passent à l’attrape l’histoire pour aller directement à l’action. Et dans les films d’arts martiaux, vous voyez souvent ça : l’action est magnifique mais l’histoire est débile. Donc, dans Into The Badlands, on savait que le succès réside dans l’histoire et non dans les arts martiaux. Les arts martiaux sont un véhicule pour faire une bonne histoire. Avant de jouer dans la série, je voulais être sûre que l’histoire était bonne car l’action, c’est facile, n’importe qui avec un peu de talent peut faire de la bonne action mais faire une véritable bonne histoire, c’est vraiment différent. Faire une combinaison des deux et la faire marcher comme celle-ci, c’est vraiment autres choses. Puis, pas beaucoup de films d’arts martiaux peuvent prétendre le faire. Into The Badlands est une histoire captivante et intriguante, vous pouvez apprécier chaque personnage. Je pense que pas mal de femmes apprécieront le personnage The Widow même si c’est une antagoniste de Quinn. Quinn apparaît comme un connard avec les filles mais les gars apprécieront Quinn. C’est un peu comme Game of Thrones, vous suivez davantage les personnages qui vous intéresse”.

Sunny n’est pas un rigolo, vous confirmez ?

Daniel Wu : “Il ne sourit pas souvent. Il a été entrainé pour être un tueur sans émotions. Au fur et à mesure de l’évolution de l’histoire, vous le verrez s’ouvrir davantage. Je le vois comme une fleur. C’est un bouton de fleur fermé au départ et il va s’ouvrir au bout d’un moment”.

Le jeune M.K est là pour détendre l’atmosphère ?

© AMC

Daniel Wu : “Le personnage de M.K est vraiment rigolo car tout le monde est sérieux et M.K même s’il sait que sa vie est enjeu, il dit toujours des choses rigolotes au moments où tout va mal. C’est drôle de voir l’innocence de ce personnage et son ignorance de ce qui se passe. Vous avez besoin de pauses humoristiques dans chaque épisode, ça ne peut pas être aussi intense tout le temps”.

Avez-vous imaginé toutes les chorégraphies ?

Daniel Wu : “Dee Dee (surnom de son vrai Huan-Chiu) Ku est notre chorégraphe et Stephen Fung a aidé à réaliser les chorégraphies. Bien sûr, on lui a donné des directions et on l’a laissé gérer cet aspect. Il a travaillé sur les films Tigre et Dragon et Matrix, Dee Dee Ku est incroyable. Si on ne l’avait pas, on aurait pas eu les superbes scène de combat car il a environ trente ans d’expérience dans le savoir-faire des scènes d’arts martiaux. Il sait comment les réaliser rapidement, correctement et de manières différentes. Il sait aussi les faire sur le champ car dans les épisodes 2,3, 4, 5 et 6, on n’avait pas le temps de pré-chorégraphier les scènes. Concrètement, je les apprenais sur le plateau, je m’entrainais deux ou trois fois et on tournait la scène. Donc, il devait l’avoir en tête car je n’avais pas le temps de le faire. J’apprenais la scène et je la réalisais. Dee Dee Ku et Stephen Fung sont les responsables des superbes scènes de combats”.

Daniel Wu est aidé de câble pour réaliser les scène de combat. Pour des raisons de sécurité et c’est comme il explique le “Hong-Kong Style”.

SPOILERS !

En dehors de la partie arts martiaux, intervenez-vous sur le script partie drame ?

Daniel Wu : “Mon job en tant qu’acteur est de vérifier que tout soit cohérent donc j’ai interrogé les dialogues ou des éléments de l’intrigue. Puis, ça a beaucoup changé depuis le pilote d’origine. Le voyage de Sunny me semblait important, c’est un voyage d’éveil spirituel ce qui fait partie de l’enseignement des arts martiaux. Je tenais à ce que cet aspect soit présent dans la série car je ne voulais pas que les enfants regardent la série et se disent c’est juste une histoire de tuer les gens. Je voulais que l’on voit le côté spirituel également à travers le personnage de Sunny. Là, il est mauvais et quand il réalise qu’il a un enfant, il se rend compte que la vie peut être chérie et non jetée à la poubelle. Cela a réveillé quelque chose en lui et il réalise qu’il peut être pas un mauvais gars et il peut être un bon gars et souhaite suivre ce chemin. C’est un peu l’opposé de Breaking Bad : c’est un bon professeur de chimie qui devient un baron de la drogue à la fin de la série. C’est l’opposé pour Sunny, il essaie de trouver son moi intérieur”.

Exit mobile version