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Rencontre Fabrice Gobert et Pierre Perrier – Les Revenants

Départ en bus Porte Maillot à Paris (comme dans la série), direction une maison témoin à une heure de la capitale ! Après le visionnage du premier épisode de la saison 2 des Revenants, Fabrice Gobert et Pierre Perrier alias Simon nous rejoignent pour discuter de la série.

Reprendre en saison 2

Comment on écrit une saison 2 ?

Fabrice Gobert : « Il y a plein de difficultés à faire une saison 1, mais il y a beaucoup de difficultés à faire une saison 2. Nous, on était face à un problème assez compliqué, évidemment quand on avait écrit la saison 1, il y avait beaucoup de mystères qui étaient posés, beaucoup de portes qui étaient ouvertes et on savait à peu près vers quoi, on voulait tendre. Ce qui est très compliqué, c’est aussi pourquoi on a mis beaucoup de temps, c’est de retrouver un point de départ. Une deuxième phase même si on savait ce qu’il y avait dedans. Même si on avait des histoires, ce qui était compliqué, c’est de trouver le moteur de la saison 2 : Comment est-ce qu’on allait reprendre. Et on a essayé et c’est pour ça qu’on a pris du temps, c’est un peu mon problème aussi, c’est que j’ai besoin d’expérimenter de chercher, puis, j’étais avec des auteurs qui aimaient bien ça chercher. On a beaucoup cherché et on a mis un peu de temps à trouver comment, on allait repartir. On a envisagé de repartir tout de suite après la saison 1 ce qui posait énormément de problèmes car c’était impossible d’être aussi raccord avec la fin de la saison 1. Et puis, il y avait cette idée d’avoir cette ellipse de 6 mois plus tard. Ça n’a pas tout de suite convaincu Canal + donc on a dû revenir à la charge et reproposer des choses. Il y a eu pas de version du premier épisode qui ont été écrite sans ellipse donc juste après la fin de l’épisode 8 et puis, 6 mois plus tard. Je pense qu’il y a eu un déclic quand on a trouvé le personnage de Berg. Un personnage qu’on avait déjà envisagé dans la saison 1, un personnage qui vient de l’extérieur, qui sait rien, qui a entendu parler des rumeurs. Une sorte d’archétype de série qui arrive souvent lors des premiers épisodes de séries. Le type qui vient de l’extérieur qui on le sent à une  histoire très intime avec le décor et avec les personnages qui sont là et qui va mener une double enquête. L’enquête pour laquelle il a été mandatée cette histoire de barrage et quelque chose qui est liée à sa trajectoire personnelle, à son histoire. L’idée, c’est comprendre assez vite que ce personnage va prendre en compte toutes les interrogations que le téléspectateur a pu avoir légitiment à la fin de la saison 1. Est-ce qu’un jour, on va me raconter pourquoi les choses se passent comme ça ? Pourquoi les morts reviennent ? Berg se pose les mêmes questions que le téléspectateur donc, on se dit lui il va mener vers là où on veut aller. Ce guide était important et Laurent Lucas (Berg) était important d’imaginer que c’était lui, ça nous a simplifié la tâche car dès qu’on le voit, on sent le mystère. Il n’y a pas besoin de beaucoup de dialogues pour exprimer beaucoup de choses. À partir du moment qu’on est parti sur la saison, qu’on avait ce point de vue, qu’on savait la fin, il y avait plus écrire et c’est pour ça que ça a pris pas mal de temps ».

Comment reprend-on un rôle après trois ans de pause ?

Pierre Perrier : « J’ai eu le droit à rien, aucune info. On a été dans une période d’attente aussi, mais on savait que c’était pour le bien de la deuxième saison. On a une exigence au niveau des séries qui est relevée aujourd’hui parce que dans les cinq dernières années, on a proposé des qualités d’intrigues vraiment très élevées donc il faut pas se planter. Nous aussi ont été impatients, mais il (Fabrice Gobert) voulait rien lâcher même après quelques bières. On est arrivé dans les mêmes endroits avec la même équipe technique à 80% qui était déjà soudée autour du projet. Le premier jour de tournage de la deuxième saison, c’était un peu comme à la maison. C’était même bizarre de normalité de revenir en revenant ‘ouais ouais pas de problème, j’ai mon bébé zombie qui arrive’. Comme dans la première saison, jouer avec cet univers complétement fantastique, que nous on doit rendre de manière réaliste, car c’est la volonté de la série, et en se posant la question comme des êtres humains et pas comme des personnages de série. C’était une volonté forte et ça c’est pas facile. On se nourrissait avec le texte, bon, moi j’ai pas beaucoup de texte car Simon, il ne parle pas. On se nourrisait des annotations et à réfléchir à comment en tant qu’être je réagirais à tout ce fantastique et à s’appliquer à rendre ça touchant et réaliste et en même temps, donner une petite note d’étrangeté ».

Pouvez-vous nous parler davantage des effets spéciaux car une ville est tout de même engloutie sous l’eau ?

Fabrice Gobert : « Il y a des choses dont je rêvais et je ne pensais pas que c’était possible. Grâce à eux (société Mikros spécialisée dans les effets spéciaux), on a pu rendre  des situations concrètes. Dans la saison 1, on était plus dans le non vu, non dit. Dans la saison 2, on est plus frontal. C’est très étonnant car on a tourné à Plaisir et on a reconstitué les montagnes, les zones pavillonnaires sont créées de toute pièce. L’étendue d’eau et la ville au loin, c’est créer de toute pièce tout ça n’existe pas juste ces petites maisons, ce domaine. C’est génial car on vous dit vous entourez d’eau et juste derrières, il y a les montagnes donc, vous pouvez pas y aller et là, il y a une horde de zombies qui arrivent. C’est beaucoup d’imagination et des effets spéciaux convaincants. Les choses étaient très morcelées car la scène où Simon marche sur la route et s’enfonce dans l’eau. C’est les décorateurs qui ont construit une vraie route à Cergy-Pointoise qui disparaît dans un lac. Tout le reste est reconstitué… »

Pierre Perrier : « Et moi, j’ai le droit au vrai lac et plongé dans l’eau froide. »

Fabrice Gobert : « Et quand, il remonte de l’autre côté, on le voit pas, mais ça la même route et le décor sur les côtés et derrière à complétement changer. Parfois, on faisait un champ le 12 janvier par exemple et le contre-champs où la personne répondait, on la faisait deux semaines plus tard à un autre endroit car sinon, on arrivait pas à faire notre histoire de route inondée. On a fait des choses que moi, je ne savais pas faire. C’était techniquement très compliqué, on faisait des découpages, des storyboards extrêmement précis pour que l’histoire puisse être racontée et pour qu’il y ait une route engloutie dans l’eau. Il y a eu un gros travail dessus et un travail passionnant ».

Arrêt sur image : saison 2 épisode 1

Adèle n’est-elle pas violente avec sa fille et particulièrement quand elle dit à Chloé : « Dégage » ?

Fabrice Gobert : « J’adore cette réplique. Elle n’était pas écrite. Il était écrit qu’elles avaient un rapport conflictuel  mais pas ce « dégage » que j’ai adoré et que Clothilde (Hesme) a regretté immédiatement après en s’excusant mille fois auprès de la comédienne. Je sais que Canal + quand ils l’ont vu, ils avaient un doute là-dessus. Pour moi, c’est comment montré que quelqu’un est poussé à bout. On sent qu’ Adèle est poussé à bout pour dire des trucs aussi terribles à sa fille et en plus, la façon dont elle le dit, j’ai trouvé ça terrible. Mais, on comprend ça fait 6 mois qu’elle a un enfant dont elle n’arrive pas à se débarrasser, ça peut tendre un peu ? On joue avec un certain réalisme. On se dit est-ce que ce personnage pourrait dire ça dans la vraie vie ? Même si on n’est pas du tout dans la vraie vie dans Les Revenants, on essaye de toujours se raccrocher à ça. Essayer d’être juste dans les rapports entre les gens et de ne pas aller trop loin dans une espèce de chose abstraite où les gens se parlent n’importe comment. Les comédiens étaient très attentifs tous sur notamment l’évolution de leur personnage sur les rapport qu’ils avaient les uns avec les autres pour être sûr qu’il y ait une cohérence et une continuité ».

Lucie et Simon sont ensemble maintenant ?

Pierre Perrier : « Ils ont entamé dans la saison 1, un rapprochement évident. Lucie a potentiellement une réponse et un mystère autour d’elle qui attire les vivants et les morts autour d’elle. Elle est clef de voûte de quelque chose. Mon personnage par sa femme et son enfant, il a une quête et il a envie de savoir et il va aller vers la source des informations vers Lucie. Après, l’affaire se corse…En saison 2, toute la trajectoire de Simon, c’est de choisir : est-ce que c’est le mysticisme de Lucie et les Revenants ou est-ce que c’est la réalité et cet enfant » ?

Comment dirige-t-on un cerf ?

Fabrice Gobert : « J’ai écrit la scène. Ça m’a pris dix minutes d’écrire la scène, j’ai écrit : cerf s’écrase sur la place de la médiathèque. Et après, je lui refilé la séquence (Frédéric Goupil, co-réalisateur) et il aime bien les animaux. C’était un enfer ! Ils ont passé 10 heures. C’est un très mauvais comédien ! J’étais un peu relou car je ne tournais pas la scène et je me disais ‘tiens, il y a ces escaliers et ça serait formidable qu’il puisse descendre les escaliers de la médiathèque’. Alors, là on tombe sur des animaliers, il y en a pas beaucoup, ils sont 3 ou 4 à être dans le milieu de l’animalerie du cinéma. À Chaque fois, qu’on leur demande quelque chose, ils disent que c’est possible. Le type je pensais qu’il allait rire aux éclats quand j’allais lui annoncer et il m’a dit ‘oui oui pas de problème, mon cerf il peut descendre les escaliers’. Évidemment, le jour même il avait pas du tout envie de descendre les escaliers. En saison 1, il y avait le même problème avec le loup ».

Les Revenants au-delà des frontières

Comment avez-vous perçu le succès international de la série à commencer par l’engouement des Anglais ?

Fabrice Gobert : « Je l’ai pris comment quelque chose de très agréable et de se débrouiller pour que ça donne confiance. Au début quand on a écrit les Revenants et tourné, on était pas du tout sûr que ça intéresse qui que ce soit. On ne se disait pas ça va plaire aux abonnées de Canal. On voyait bien que les séries sur Canal, ce n’était pas ce genre-là, c’était plutôt des choses avec des enquêtes, des policiers…etc. On s’est dit ce truc-là va peut-être passé inaperçu mais c’est pas grave, on était content de l’avoir fait. Tout ce qui arrivait n’était pas du tout prémédité et en plus, c’est arrivé en cours d’écriture. J’avais suffisamment de difficultés à écrire la série en me rajoutant la pression en me disant en plus, il y a les anglais. Très honnêtement, c’est super que ça plaise et puis, point. Et ne pas se dire quand, on écrit une ligne que vont penser les australiens. Moi, ça m’a plutôt porté »

Pierre Perrier : « On a eu de la chance d’être à un moment où la série, elle explose. On regarde les mêmes séries en Amérique et en Corée. Nous, on arrive à faire une série qui d’un coup plaît à l’international. On est à ce moment-là, où on est là avec une histoire assez intéressante et ça c’est super ! Ça ouvert le chemin à d’autres productions d’avoir peut-être les couilles de produire au niveau international ou avec du moins l’expectative de le vendre à l’international. Les opportunités de travail, du côté acteur, c’est super. D’un  coup, il y a des productions européennes, anglaises qui portent un fort intérêt à des acteurs français. Nous, ça donne l’opportunité de travailler dans d’autres projets que français ».

Qu’avez-vous pensé de votre alter ego dans The Returned (remake américain de la série) ?

Pierre Perrier : « On ne va pas parler de ça. Sans parler de l’alter égo, ils ont pris les mêmes plans du film et ils l’ont cadré un peu de travers et c’est pas très intéressants à regarder. Nous, on a fait un truc à nous. Nous, on a une implication. Le voir c’est trop bizarre. J’ai regardé 10 minutes et j’ai arrêté ».

BONUS : Pour la petite histoire,  Fabrice Gobert a rencontré Carlton Cuse à Paris et le showrunner de Lost lui a demandé la fin de la série.  C’est ironique sachant que c’était LA question qui était perpétuellement posée à Carlton Cuse sur Lost ! Les américains étaient très demandeurs mais la production des Revenants et son créateur voulaient que ces derniers suivent leur route pour voir ce qu’ils allaient faire de la série.

Vers une saison 3 ?

Savez-vous à peu près sur combien de saisons vous pouvez étaler l’intrigue ?

Fabrice Gobert  : « J’ai appris beaucoup en faisant cette série sans être plus malin que les autres. Je voyais c’est très impressionnant les showrunners américains qui disaient sur cette série, je vois quatre saisons. Je me disais ‘les mecs sont forts, j’ai déjà du mal à écrire un épisode’ surtout dans le fantastique. Il y a souvent dans les séries fantastiques, un grand grand mystère dans l’épisode 1 et sa résolution dans le dernier épisode de la dernière saison. C’est vrai que Lost n’était pas un modèle dans le genre car pour être rentré dans la construction d’une série dans le genre car si on se dit en gros, on sait ce qu’il y a dans le premier épisode et dans le dernier épisode et il faut remplir. C’est très ardu de savoir si sur 8 épisodes, 16 épisodes… Lost, c’est beaucoup plus d’épisodes que ça et c’est une usine et il y a toutes les chances du monde de se perdre et de plus savoir ce que l’on raconte car on va de digression en digression et on perd le fil. Et moi, en tant que téléspectateur, j’avais un peu perdu le fil de Lost au bout d’un moment. Donc, j’étais beaucoup plus humble sur les Revenants . En travaillant sur la saison 1, je me disais globalement je vois l’histoire et donc, on va faire ça sur 8 épisodes. En fait, je me suis rendue compte en avançant qu’il y avait un peu plus de matière pour faire un peu plus. J’avais dit trois saisons quand on me posait la question à l’époque car je me disais vu ce qu’on a raconté, ça doit faire à peu près ça. Puis, au bout d’un moment quand j’ai vu le temps qui passait et qu’on avait toujours pas écrit cette série, je me disais qu’il faut que la deuxième saison puisse une sorte d’aboutissement à la saison 1. Il fallait que tout ça fasse une cohérence, c’est la forme d’une première phase que des choses peuvent se passer après qu’il peut y avoir une saison 3 mais sous une autre forme. Même si la saison d’après est un an d’après ou deux ans plus tard, le rythme des séries françaises, c’est trop long, il y a vraiment un truc ou il fait trouver un système. Mais, comme là, on a eu du mal à faire nos épisodes en deux ans, on les a fait en trois ans, je me suis dit il faut pas parler de saison 3. Voyons cette saison, comment tous ceux qui vont la regarder vont la recevoir : est-ce qu’ils auront envie de voir une suite, est-ce qu’ils vont sentir que c’est nécessaire ? Donc, pour l’instant, il y a pas d’évidence à ce qu’il n’y ait pas de saison 3 mais il n’y aucune raison qu’il n’y ait pas de saison 3« 

Quelques petites informations en plus sur les Revenants

La saison 2 : une conclusion ?

Fabrice Gobert : A la fin de cette saison 2, il y a quelque chose d’assez fort pour qu’on se dise, c’est la fin de quelque chose

Quelles inspirations ?

Les inspirations pour le bébé zombie : Aliens et Rosemary’s baby

Fabrice Gobert : « Ce n’est pas whodunnit » comme Broadchurch

Le personnage, la clef de l’histoire !

Fabrice Gobert : Dans les séries réussies, on est forcément en empathie avec les personnages donc on a envie de les suivre dans leurs interrogations, de les suivre, dans leurs recherches de coupable de réponse, dans leur enquête et c’est vraiment, moi, ce qui me paraît le plus important dans les séries. C’est que l’histoire ne soit pas plus importante que les personnages.

C’est fantastique !

Pierre Perrier : C’est la première fois que je fais du fantastique et je suis un fan du genre.

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