Lubie en Série

Rencontre avec le showrunner Clyde Phillips

L’homme derrière Dexter, Nurse Jackie et Feed The Beast !

Clyde Phillips est un invité de coeur pour le festival Séries Mania, il était présent à la première saison et revient pour la saison 7 du festival avec une nouvelle série Feed The Beast présentée en avant-première. Avec des camarades autour d’une table ronde, nous avons discuté avec le showrunner de son “passé sériel” pour ma part et de son avenir avec Feed The Beast.

Dexter

Étiez-vous surpris que les fans aient préférés votre fin de la série que celle qui a été diffusée ?

Clyde Phillips : “Tout d’abord, j’ai choisi de quitter la série. Pour la petite histoire, je tournais à Los Angeles et je vivais sur la côte Est dans le Connecticut donc j’étais séparé de ma famille pendant 4 ans. Donc, comme j’ai choisi de quitter la série, je ne peux pas émettre un jugement sur ce que les autres ont fait. Cependant, je peux dire que je n’aurai pas réalisé cette fin. Je pense que le public était plus investi dans la vérité de Dexter. Si vous allez sur Internet, vous trouvez des vidéos de gens qui se filment regardant la fin et ils s’exclament ‘Quoi ! C’est tout’! ou ‘c’est formidable’ car certains ont aimé. Encore une fois, je n’étais pas là pour influencer ce final donc je ne peux pas le juger”.

Et le fait qu’on préfère votre fin ça vous a surpris ?

Clyde Phillips : “Ça ne m’a pas tellement surpris car je trouve que la fin que j’avais personnelle imaginée pour la série, était plus honnête. Pour vous faire inviter un tueur en série dans votre maison, un psychopathe chez vous, vous devez beaucoup travailler en tant que raconteur d’histoire pour obtenir la confiance des téléspectateurs. Je crois que ce travail est constant et ne peut pas être laisser tomber, il doit être accéléré chaque année parce que ça devient de plus en plus difficile. Encore, je n’aurais pas réalisé cette fin”.

Nurse Jackie

Expliquez-moi la fin de Nurse Jackie : est-elle morte ou pas ?

Clyde Phillips : “Je ne sais pas. Je crois qu’elle est en vie. Elle, Edie Falco, est tellement une actrice formidable qu’elle était allongée au sol, les caméras sur son visage et les gens assis au-dessus d’elle. Au début de la série, elle dit ‘Seigneur, fais de moi quelqu’un de bien’ et Zooey, sa meilleure amie est au-dessus d’elle disant ‘tu es bonne, Jackie’ elle a ouvert son oeil juste ce qu’il fallait, elle a ouvert sa bouche juste ce qu’il fallait. Quand la caméra recule, moi, qui est écrit cette scène pense qu’elle est en vie. Je comprends totalement le public qui pense qu’elle est morte et beaucoup le pense. Mais, disons qu’elle est en vie, je ne serai pas surpris d’avoir un coup de fil le lendemain ou le sur-lendemain me disant qu’elle est morte parce qu’elle était droguée. Elle était droguée aux opioïdes qui ont détruit son mariage, sa famille, ses amitiés et sa vie. Puis, elle n’allait pas faire ce qu’il fallait pour rendre les choses meilleures. Elle était prise dans les griffes féroces de l’addiction. Si elle n’était pas morte là, elle serait morte une autre nuit”.

Vous avez dit à propos du final de Nurse Jackie : “Vous ne guérissez pas en tant que drogué, vous arrêtez juste de vous droguer aussi longtemps que possible” donc ça rejoint ce que vous venez dire ?

Clyde Phillips : “C’est un problème d’une vie. J’ai un ami dont la belle-mère est sobre, c’était une alcoolique, pendant 25 ans. On est allés tous ensemble en vacances à Hawaï, elle a commencé à boire. C’est toujours en vous. Cette addiction est toujours en vous. Si ça ne vous tue pas, ça vous change. Jackie a toujours lutté avec et ça a ruiné sa vie. Elle a perdu ses enfants, son mari, sa meilleure amie, son emploi et elle a perdu sa raison d’être celle d’être une infirmière et elle a perdu ça aussi”.

Feed The Beast

Quel est le sujet de Feed The Beast ?

Clyde Phillips : “Ça parle, de quelque chose sur lequel je suis encore et encore, écrire sur des gens accidentés. Tout ce que j’écris parle de gens foutus et c’est ce qui est le plus attrayant. Un sommelier alcoolique dont la femme a été tuée lors d’un accident de voiture avec délit de fuite et dont le fils a été témoin et il est devenu muet depuis. C’est un personnage joué par David Schwimmer, l’autre personnage joué par Jim Sturgess est un chef rock star qui est accro à la cocaïne et il est recherché par la pègre pour un demi-million de dollars pour avoir brûler son restaurant. Ce sont deux personnes bien accidentées. La version originale de Feed The Beast est une série danoise appelée Bankerot ou Broke“.

Comment avez-vous entendu parler de la série danoise ?

Clyde Phillips : “J’étais entrain de tourner Nurse Jackie. Une année plus tôt, mon agent m’a envoyé les deux premiers épisodes de Bankerot. Il m’a dit ‘tu dois voir cette série ce soir car nous allons la donner à un autre gars demain‘. Je faisais une série 14h par jour, j’étais fatigué et je n’aime pas regarder des choses sur un ordinateur. Je l’ai regardé et j’ai trouvé ça magique. Il y avait tellement de potentiel : personnes accidentées, rêve impossible, dépendance à la drogue, alcoolisme. J’avais de l’attachement pour ces personnages ce qui est important comme dans Dexter, vous devez vous attacher au type. Je l’ai appelé chez lui le soir en lui disant je suis partant. Je suis en contrat avec le studio Lionsgate donc je leur ai envoyé les épisodes. Ils ont regardé les épisodes le jour-même, ils m’ont dit ‘on a aimé, on l’achète’. Puis, moi et mon assistant entrain de finir Nurse Jackie,  on s’est assis et on a regardé tous les épisodes de Bankerot. Les 16 épisodes soit deux saisons de huit épisodes. C’est court juste 25 minutes. L’histoire devenait encore et encore plus intéressante. J’adore la musique, j’adore la manière dont c’est filmé. J’ai démoli l’arrière-plan pour en faire une série américaine. En faisant ça, j’ai pu voir son potentiel en tant que série américaine. Quand j’ai amené ça aux studios américains, je l’ai vendu à la minute où j’ai ouvert ma bouche. Trois networks nous ont fait des offres et mes deux mots préférés en tant qu’auteur : ‘guerre des enchères‘. Comme ça montait d’un cran, AMC est arrivée disant on va mettre un mot final à cette enchère, arrêter les négociations, on vous propose une commande en série : pas de pilote, pas de script, directement la série”.

À quel point avez-vous emprunté à la série danoise dans Feed The Beast ?

Clyde Phillips : “On a énormément emprunté à la série danoise. J’en ai fait d’autres et j’en ai vu d’autres. En fait, la série danoise était si bonne qu’on avait beaucoup d’informations et de personnages que l’on pouvait utiliser”.

Mais la version danoise a été adaptée au marché américain…

“C’est un remake et une extension. Vous ne pouvez pas l’introduire aux États-Unis telle quelle. Pour plusieurs raisons, la première c’était 16 épisodes de 25 minutes donc on a traité cette histoire en une année. Les personnages n’étaient pas assez approfondis, on ne savait pas les raisons du pourquoi et où sont les connexions. Je ne veux rien dire contre la série danoise, elle est brillante. Mais, on devait la rendre encore plus brillante. Ils avaient certaines circonstances que nous n’avons pas. J’ai pu avoir les meilleurs acteurs du pays, j’ai un budget qu’ils ont dépensé pour une année que j’ai dépensé pour un épisode. Vous n’avez pas le sens du temps et du lieu dans la version danoise. À l’école, il n’y a pas d’enfants juste une maîtresse, ce qui veut dire que c’est après l’école (étude) ce qui signifie que vous ne devez pas payer des figurants. Une production intelligente. C’est tourné au Danemark, ce n’est pas ethniquement diversifié. J’ai fait de mon cast, un cast complétement coloré. La femme de Tommy, la femme décédée de David Schwimmer que l’on voit en flashback, est noire. Son fils est métisse. Sa copine est hispanique. La pègre est polonaise… Vous prenez tout ça, vous le mettez ensemble et quand vous regardez la télévision peu importe où vous regardez la télévision aux États-Unis, vous l’allumez et vous voyez votre réflexion. En diversifiant le cast, je raconte des histoires différentes”.

Les acteurs ont tous eu soit des cours de cuisine pour Jim Sturgess qui a passé ses vacances à devenir un chef soit des cours de dégustation de vins pour David Schwimmer. L’accent sera mis sur ces deux aspects lors de la promotion de la série. Tous les vins présentés sont adaptés aux plats cuisinés et vous verrez des vins français.

Capter son public

Clyde Phillips a également la difficultés de capter l’attention du public : “La plupart des séries ne réussissent pas. Elles disparaissent et il y a tellement de séries diffusées maintenant qu’il est encore plus difficile de donner envie à quelqu’un de regarder le premier épisode. Aux États-Unis, maintenant, comme il y a tellement de nouvelles plateformes comme Hulu, Amazon et d’autres dont vous n’avez pas entendu parler comme National Geographic ou History, ils font aussi des programmes originaux comme une série dramatique sur la Guerre Civile par exemple, je ne sais même pas ce qu’ils font. 409 séries diffusées maintenant aux États-Unis. Les gens n’ont pas le temps de voir tout. Personnellement, je n’en regarde pas beaucoup. Entre autres car c’est l’élection américaine aux États-Unis, je regarde beaucoup les news. Il y a 4-5 séries que je regarde sur 409 et je suis dans le milieu de la télévision. Ceux que je regarde sont les plus provocateurs, j’adore House of Cards. J’ai fini la saison 4 et j’étais tellement triste que ça finisse. Qui est plus foutu que Frank ? Toute bonne littérature, et je n’inclue pas dedans, ce que j’apprécie et ce qu’apprécient les gens sont des personnes avec des défauts profonds. Le terme ‘faille tragique” vient des personnages Shakespeariens. Madame Bovary, Tchekov, Arthur Miller choisissez-en un. Ils ont écrits sur des gens avec de gros problèmes qui ne les ont pas bien gérés. […] Si vous avez un problème que vous allez voir votre psychiatre, vous faites une thérapie de couple, vous remettez avec votre femme et tout va bien. Qui ça intéresse ? Ce n’est pas du drama. Ce n’est pas du divertissement. C’est mon job et celui de mes collègues de vous divertir et de vous inviter de nouveau, de vous demander d’ inviter de nouveau dans votre maison, un personnage avec des défauts prononcés, un psychopathe. Puis, le regarder de nouveau la semaine prochaine. Nous, donner une heure de votre temps alors qu’il y a tant de choses à voir et particulièrement en France, où vous avez des séries qui viennent du monde entier. Si vous prenez cet engagement, alors j’ai fait la seconde moitié de mon job, la première c’est de faire la série. Ce n’est pas mon job de faire une série d’une saison, c’est mon job de faire une série qui sera à l’antenne pendant cinq années. Et ça revient à vous faire aimer les personnages”.

 

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