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Rencontre Vincent Lannoo – Trepalium

Série très attendue, Trepalium a fait ses débuts très remarqués au Festival de la Fiction TV de La Rochelle. Une grand partie de l’équipe est venue présentée la série dont Vincent Lannoo, réalisateur belge de renom (Au Nom Du Fils). Trépalium, c’est sa première série et il a accepté volontiers d’échange sur son travail suite à la projection des deux premiers épisodes.

© Arte

Comment êtes-vous arrivé sur le projet ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans Trépalium ?

Vincent Lannoo : “C’est un peu incroyable ! Je venais de finir trois long métrages d’affilé et j’étais entrain de me dire qu’est-ce que j’ai vraiment envie de faire. J’avais très très envie de faire de la série. Puis, arrive ce coup de  fil ce coup de fil de Katia Raïs, productrice. Les textes étaient quasi finis, puis, elle m’envoie les deux premiers épisodes. Je me suis dit : ‘c’est tellement ce que je veux faire‘. C’est une sorte de coup du hasard incroyable tant sur la forme, l’idée de faire de l’anticipation que sur le sujet.  Quand je l’ai eu au téléphone, je lui ai parlé pendant une heure du libéralisme et très vite, je me suis penché sur ce que je peux créer comme univers pour lui donner encore plus envie de travailler avec moi. J’ai proposé cet univers de retro-futurisme en me posant des questions : qu’est-ce que c’est le futur par rapport à la vision que j’en avais gamin. Par exemple de l’an 2000, il n’y a pas de voitures qui volent, tous les bâtiments n’ont pas été détruits, Versailles est toujours debout. Il faut aussi jouer avec l’ancien surtout sur une série sur l’ultra-libéralisme, pour moi, c’est aussi important de montrer que cette direction est aussi ultra régressive. Forcément la direction ultra conservatrice est limite régressive”.

Le monde des actifs utilisent des couleurs chaudes pour des gens assez froids et le monde des zonards utilisent des couleurs froides ? Une volonté ? La couleur est-elle un élément essentiel pour distinguer les deux mondes ?

Vincent Lannoo : “Il y avait cette idée de donner au monde des actifs, cette espèce de chaleur solaire, un peu artificielle. Finalement de jouer l’inverse, on dit toujours que bleu est froid, ici, c’est de donner comme le film Bienvenue à Gattaca, quelque chose de solaire presque artificiel et brillant. Je dirais plus doré que solaire. L’idée est de dire, voilà où est la richesse et de l’autre côté, c’est un peu plus froid mais c’était plus proche pour nous de la vie réelle. Plus, il y a une différence de caméra, du côté de la zone, on est plus caméra à l’épaule quelque chose de plus vivant. De l’autre, quelque chose avec des mouvements de caméras. Les choses évoluent au fil de la saison et les couleurs et la manière de filmer. Les pistes se brouillent petit à petit”.

Dans ces deux premiers épisodes, quelle a été la scène la plus compliquée à réaliser et pourquoi ?

Vincent Lannoo :”C’est sans doute la scène du sexodrome. On voulait à la fois un univers qui corresponde à l’univers de la ville, un truc cocon et on voulait à la fois montré cette espèce de sexualité complétement débridée et en même temps, on était pas complétement dans le plaisir. Il y a une culture de sexe primaire. J’avais beaucoup de figurants ce jour-là et je les éliminais de plus en plus car j’avais envie que ce soit plus un univers fantomatique : au dernier étage et c’est quelques outils dont ils peuvent se servir s’ils veulent. Cela dit de manière générale, le tournage n’a pas été compliqué. La plupart des comédiens je les connaissais, on s’était rencontré et on avait établi une relation de confiance avant. Même si ça allait très vite, j’étais plutôt à l’aise. C’est un casting d’enfer”.

Etes-vous à l’origine du choix des décors comme la Bibliothèque Nationale de France (BNF) ou le centre national de danse de Pantin ?

Vincent Lannoo : “Il y a des lieux là-dedans qu’on a eu très vite en tête comme le siège du PC (parti communiste), place Colonnel Fabien. Le centre national de danse de Pantin, j’ai énormément poussé car je trouve ça exceptionnel et la BNF c’est un repéreur qui est venu nous la faire visiter et tout de suite, on s’est dit évidemment. Bien sûr, c’est moi qui ait choisi les lieux. L’idée, c’est de prendre un texte et faire un peu comme les américains. Je prends un texte, ils m’ont construit un bateau magnifique et c’est moi qui prend le large avec le bateau. Donc, il fallait que je construise tout l’univers autour de ça et avec le plus de travail et d’épuisement possible”.

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Comment s’est déroulé le tournage avec les créateurs Sophie Hiet et Antarès Bassis ? Aviez-vous carte blanche ?

Vincent Lannoo :”Totalement ! C’était un peu mon exigence en arrivant, c’est-à-dire je m’empars du bébé. Il faut que ça devienne mon bébé. Ce n’est pas la première fois que je travaille sur un texte que je n’ai pas écrit, j’ai déjà fait ça au cinéma. Ils sont passés sur le tournage, mais j’avais vraiment besoin de moi m’approprier les textes, moi de m’emparer de l’univers avec la productrice (Katia Raïs) avec qui j’ai fait un duo qui était formidable”.

Avez-vous changé des répliques en cours de route ?

Vincent Lannoo : “Ça serait malhonnête de dire non mais c’était plus des mises en bouche des comédiens. Parfois, simplifiez des répliques ou  les humaniser. Quand on les écrit, on a tendance à être très vite dans le littéraire. J’ai quand même vachement respecté leur feuille de route. Le texte était vraiment bien. Moi, j’ai adoré le texte quand je l’ai lu donc c’était pas compliqué à suivre. D’autant plus que je rappelle qu’il y avait Antarès Bassis et Sophie Hiet et aussi Thomas Cailley, réalisateur Des Combattants et Sébastien Mounier qui étaient aussi des scénaristes importants de la série”.

Avez-vous des anecdotes de tournage ?

Vincent Lannoo : Des anecdotes de tournage que je peux révéler. Il y a une anecdote marrante pour tous les comédiens quand j’avais envie les convaincre, alors c’est vraiment une anecdote hors tournage plus de préparation, je les amenais tous dans le même resto. J’avais l’impression que ce resto me portait chance. C’est un resto italien dans le 5ème qui s’appelle Casa Mia. Il y a un truc formidable, c’est le pré-dessert : une sorte de brioche chaude que les membres de la table partagent et qu’ils appellent le désert de l’amitié. Un moment important du repas comme si on signait une sorte de contrat moral ensemble et donc, j’ai pris l’habitude d’y amener les gens. Un truc aussi fantastique qu’Alain Bonnel, directeur de production, avait mis en place. On avait trouvé une caserne militaire dans laquelle on tournait toute la partie du mur et en même temps, on avait en intérieur l’appartement de Ruben. C’est une ancienne caserne abandonnée, il y avait un côté tellement hollywoodien donc on avait un gigantesque décor extérieur et un assez beau décor intérieur qui était construit par le chef déco. On se baladait à vélo et je pouvais en plus passer en peu de temps d’un décor à l’autre”.

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