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Trepalium : rencontre avec l’équipe !

Rendez-vous au siège du parti communiste pour rencontrer l’équipe de Trepalium autour d’une salle de conférence. A l’aide du micro situé en face de nous comme dans une conférence du parti, chacun pose une question. A l’ordre du jour, Vincent Lannoo (réalisateur), Sophie Hiet (auteur), Anatrès Bastis (auteur), Katia Raïs (productrice), Ronit Elkabetz (actrice), Léonie Simiga (actrice) et Pierre Deladonchamp (acteur).

Question pour les auteurs : Comment a germé l’idée de cette série ?

Sophie Hiet : « C est’une idée qui a germé il y a 10 ans déjà et qui avait fait l’objet d’un moyen-métrage à l’époque et qu’Antarès (Bastis) avait réalisé et qui reprenait la configuration de base : le gouvernement imposait aux actifs d’employer des chômeurs. On voulait parler de la problématique du travail à travers le genre de l’anticipation. Pourquoi la problématique du travail car c’est très central dans nos sociétés. Interroger notre rapport au travail, c’est interroger ce qu’est l’individu, nos identités. C’est vrai que l’on est dans des sociétés où le travail définit vraiment le lien social, toute une organisation. Ne pas avoir de travail, ça crée beaucoup de vide, de souffrance et on a eu toute de suite envie de le traiter à travers l’anticipation car ça permettait de décaler les choses de ne pas aller dans quelque chose de trop lourd, trop plombant. Une façon de se mettre à distance. Ce qui s’est passé il y a dix ans, on avait été assez frustré car on sentait qu’il y a avait une matière énorme à explorer. Les années ont passées et la situation économique s’est de plus en plus dégradée et le travail devient synonyme de souffrance. C’est le signe d’une société qui ne va pas très bien. On a rencontré Katia Raïs, on lui a montré le moyen-métrage et évidemment, la problématique restait très actuelle. Et on est partie sur cette idée de série qui est géniale car elle permettait d’explorer toutes les facettes de cette problématique autant du côté des politiques, que des chômeurs que des actifs. On s’est lancé dans cette aventure assez folle et on a rencontré Arte et ça était assez magique car il y a eu entente immédiate ».

Antarès Bastis : « Puis, ce qui était intéressant, c’est qu’on était capable de raconter une réflexion politique sur le travail à travers le genre de l’anticipation. De se dire aussi en France que nous aussi, on pouvait faire aussi un truc décalé avec du sens en tout cas en prenant le genre de l’anticipation. Ce qui nous plaisait avant tout, c’était pas d’essayer de copier les américains qui savent bien le faire avec plein de moyens mais de se réinterroger sur le genre de l’anticipation et de réinterroger sur la société actuelle en poussant les curseurs, en les extrapolant, en allant vers l’absurde et en jouant de la dystopie. En même temps, ce qui était important, on ne voulait pas faire quelque chose de plomber mais on voulait que ça plaise au public d’aller vers le romanesque. D’interroger les personnages et de donner une réflexion en se concentrant sur le travail. On est assez content de voir que ça a pu séduire Arte et on espère que ça va séduire le public ».

Leonie Simiga : quel a été vos principaux challenges à jouer un double personnage ?

Leonie Simiga : « Ma référence a été Vertigo (film 1958) car je n’étais pas persuadée que l’on puisse y croire car ma gueule, c’est ma gueule. Puis, Vincent (Lannoo) m’a dit mais si si revoit ce film et je l’ai revu et effectivement, c’est serré mais ça peut le faire. Il faut juste d’abord s’en remettre à lui, la direction d’acteurs, qui était sur ce point très strict. Il y avait deux codes, deux jeux, deux codes physiques et deux psychologies. Cette psychologie se rapprochait aux impératifs physiques de visage, de faciès … Thaïs qui est la femme de Ruben, était congelée et il y avait des sentiments qui découlaient de ça et Izia est vivante ».

Pierre : Comment avez-vous travaillé la raideur de votre personnage : Ruben ?

Pierre Deladonchamp : « Je me souviens que le costume m’a beaucoup aidé. Je trouve qu’il y avait une raideur dans ce costume avec le col claudine, le plastron en laine et quelque chose d’un peu de tenue. Je me suis dit aussi que ces gens-là dans la ville, ils jouaient eux-même un jeu de rôle. Ils savent très bien que parfois, ils ne sont pas sincères ou bien pas dans une vérité. Mais de toute façon, c’était le rôle qu’on leur avait donné et ils ne devaient pas en sortir. Ils savaient très bien que c’était comme ça qu’il fallait se comporter que c’était une sorte de jeu social et si justement, il donnait l’impression de quelqu’un de très stable, de très sûr de lui, d’affirmer, tout de suite, on allait pouvoir trouver une faille et leur dire à ses familles qui travaillent dans Aquaville, qui ne correspondaient plus à ce que l’on demandait aux gens qui méritaient d’être dans la ville et donc, du coup de les envoyer dans la zone très facilement. Puis, parallélement à ça, il y a cette enfant mutique que Thaïs et Ruben ont, qui est mutique, qui a un gros problème psychologique et c’est de plus en plus fréquent chez les enfants que ce soit d’un côté du mur ou de l’autre d’ailleurs. Ils ont à leur charge un enfant qu’ils n’auraient pas du garder et c’est un sujet de discorde entre eux puisque Thaïs pense qu’ils auraient dû s’en séparer pour en faire un normal et avoir l’air d’une famille normale sur le papier et qui dit que tout va bien et que toutes les cases sont cochées. Donc, il y a une espèce de jeu de rôle. Je me disais que mon personnage jouait à être Ruben. ce n’était pas que moi qui jouait à être Ruben, c’est Ruben lui-même qui jouait à être un autre personnage et on voit au fil des épisodes que la carapace s’ouvre et qu’il est autre chose que ce qu’il est dans sa vie ».

Ronit Elkabetz : parlez-nous de votre personnage, Nadia, premier ministre d’Aquaville.

Ronit Elkabetz : « Quand j’ai reçu ce script, j’étais complétement scotchée. Je le trouvais fort, tellement génial, tellement actuel. Dans cette écriture se retrouvait tout ce que j’aime dans la création, le monde politique, social dans le présent et dans le futur. Puis, il y avait ce personnage wow. Moi, qui vient d’Israël, jouait le premier ministre d’un état européen. J’ai décidé à travers ce rôle de me chercher autrement. Comme c’est un monde presque sans émotion, ça m’a donné une nouvelle piste de recherche. Moi, je suis une chercheuse. Mais, la psychologie du personnage ne m’intéresse pas trop. Quand j’ai vu le rôle de Nadia, je me suis dit que c’était l’occasion de plonger dans l’obscurité de quelque chose ».

Pour vous accompagner dans l’aventure Trepalium, Arte met en place un dispositif transmedia appelé « le journal d’un inutile ».

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