Mai 68. L’État français vacille sous le coup d’une révolte menée par des étudiants et des professeurs d’université. Pour contenir cette marée subversive, le pouvoir gaulliste imagine une solution aussi perverse que brillante : créer une université expérimentale loin des pavés parisiens. Bienvenue à l’université de Vincennes. Claudine, prostituée du Bois, accepte d’infiltrer pour les RG ce nid de gauchistes qui a fait fuir sa clientèle bourgeoise. Mais à Vincennes, ce ne sont pas seulement les étudiants qui sont révolutionnaires : Foucault, Bourdieu, Cixous, Wittig… La voilà propulsée dans un univers d’idées explosives. Elle y est allée pour De Gaulle. Restera-t-elle pour Deleuze ? Découvrez la série CAMARADES de Benjamin Charbit et Dominique Baumard !
Camarades a été présentée en avant-première au festival Séries Mania et l’actrice Manon Kneusé a remporté le prix de la meilleure actrice de la compétition française. J’ai eu la chance de rencontrer les camarades que ce soit les comédiens en vidéo duo ou bien les auteurs/réalisateurs Benjamin Charbit et Dominique Baumart en conférence de presse. Voici l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur la série Camarades, avant d’aller au front sur Arte.
CAMARADES Benjamin Charbit et Dominique Baumard : une révolution à quatre mains
À l’origine de Camarades, une passion de Benjamin Charbit pour le philosophe Gilles Deleuze et l’envie de raconter l’université française. Avec Dominique Baumard, il choisit de revivre l’effervescence intellectuelle de l’université de Vincennes à travers une comédie qui refuse l’austérité et le discours militant.
Les deux gommes assurent l’ensemble de l’écriture et la réalisation, une double casquette qui nécessite de repenser le scénario au moment de la mise en scène comme l’explique Benjmain Charbit en réponse à ma question :
Quand on est auteur, il faut un peu oublier qu’on va réaliser derrière. C’est une assez mauvaise idée de se dire qu’on écrit absolument comme un réalisateur, parce qu’il faut faire son métier de scénariste avant tout. Ensuite, il faut essayer de repenser le texte un peu, contre le texte à l’aune de la réalisation. Enfin, pour moi, c’est une des grandes chances aussi d’avoir été deux et d’avoir été deux sur l’intégralité du process. Tout d’abord, on se connaissait déjà depuis assez longtemps pour avoir travaillé ensemble. Mais par le dialogue, on avait vraiment quatre hémisphères. Donc, c’était vraiment chouette. Cela a permis de durer sur le long terme, parce que c’est quand même un marathon d’écriture, de réalisation et de post-production.
Pour donner vie à cette galerie de personnages, les réalisateurs ont privilégié des comédiens issus du théâtre, sensibles à la musicalité des dialogues et au plaisir des mots.
Dominique Baumard évoque ainsi un « plaisir presque physique » à prononcer cette langue politique. L’objectif n’était toutefois pas de reproduire artificiellement les années 1970, mais de faire vivre les situations au présent.
CAMARADES Manon Kneusé et Peirre François-Garel : de la théorie à la pratique
Au coeur de Camarades, Claudine (Manon Kneusé) découvre une univers intellectuel dont elle ignore tout. Son infiltration devient progressivement une expérience d’émancipation, tandis que Gérard (Pierre-François Garel), professeur révolutionnaire se confronte à ses propres contradictions.
Claudie vite concrètement ce que Gérard théorise. L’accès au savoir lui permet de mieux comprendre sa condition de femme et d’envisager autrement son existence.
CAMARADES Lulja Comar et Micha Lescot : le plaisir de jouer à la révolution
Françoise (Lulja Comar), étudiante engagée, et Amadéo (Micha Lescot), militant fantasque, incarnent dexu tempéraments bien différents au sein d u groupe de camarades.
CAMARADES Vincent Elbaz et Reda Bendahou : l’espionnage au coeur de la révolution
Vincent Elbaz incarne Jacques, agent des Renseignements généraux et amant de Claudine. C’est lui qui lui propose d’infiltrer les militants de Vincennes pour surveiller leurs activités. Mais les sentiments du policier risque de compliquer sa mission. À ses côtés, Reda Bendahou interprète Jimmy qui lui joue la carte de la double identité pour mieux s’intégrer.
Une comédie d’archives pensée dès l’écriture
Comme expliqué en interview Vincent Elbaz s’est beaucoup appuyé sur les archives de l’INA pour construire son personnage. L’acteur recommande de voir les micros-trottoirs des années 70, lui-même a pris beaucoup de plaisir à regarder ces archives.
Les archives, c’est l’une des singularités de la série Camarades. Elles sont intégrées dès l’écriture du scénario : « Les archives nous ont presque servi à construire la série », expliquent les créateurs. Chaque épisode s’articule ainsi autour d’une idée et d’un penseur : Bourdieu intervient dans le quatrième épisode pour aborder la reproduction sociale, tandis que Foucault apparaît dans le cinquième épisode autour de la surveillance. Un choix esthétique, mais aussi narratif, qui permet de faire dialoguer fiction et documents historiques. les réalisateurs ont également préféré ne pas faire incarner les grandes figures intellectuelles par des comédiens, afin de préserver leur parole et leur pensée à travers les images de l’époque; Un dispositif qui permet aussi de rendre ces théorie accessibles au spectateur.
Camarades (8×35′) est à découvrir sur Arte !



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