Le festival Séries Mania célèbre une nouvelle fois la richesse de notre création sérielle à travers une sélection exclusive, évaluée par un jury composé de journalistes internationaux. Ce regard extérieur permet de mettre en lumière les productions les plus marquantes de l’année auprès d’observateurs venus d’ailleurs.
Grâce à nos diffuseurs, j’ai la chance de découvrir certains programmes en amont et de vous orienter au mieux dans vos choix. Car à Séries Mania, la richesse de la programmation impose souvent de trancher… alors autant être bien accompagné 🙂
CAMARADES
(ARTE – 8×35′)
Pitch : Mai 68. L’État français vacille sous le coup d’une révolte menée par des étudiants et des professeurs d’université. Pour contenir cette marée subversive, le pouvoir gaulliste imagine une solution aussi perverse que brillante : créer une université expérimentale loin des pavés parisiens. Imprégnée de personnages réels, hauts en couleur, qui ont fait notamment les grandes heures de la « French theory » quand le monde n’était que pensée et utopie et par le truchement de personnages totalement fictifs, Camarades nous invite à revivre l’expérience étudiante folle de l’université de Vincennes, sur le ton de la comédie enlevée.
L’idée de raconter l’université de Vincennes des années 80 est séduisante sur le papier, d’autant plus en choisissant le registre de l’humour. Néanmoins, un humour plus fin et davantage élaboré aurait été appréciable. La série souffre également d’un cruel manque de dynamisme, ce qui rend l’ensemble parfois poussif. Je n’ai pas adhéré à l’idéologie de la série. En revanche, il est agréable de découvrir de nouveaux visages à l’écran, pour la plupart issus du théâtre, et qui se révèlent pleinement dans cette œuvre.
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ELDORADO
(ARTE – 6×45′)
Pitch : Au lendemain du choc pétrolier de 1973, un aristocrate belge visionnaire et un inventeur italien persuadent Elf Aquitaine qu’ils peuvent détecter du pétrole depuis les airs — lançant l’une des plus grandes illusions technologiques de l’histoire industrielle. Une histoire librement inspirée d’un des plus grands scandales de l’histoire moderne.
C’est une histoire imaginée par deux doux rêveurs. La série joue habilement avec les croyances et révèle la volonté de l’être humain de croire en ses idéaux. Cependant, il y a quelques faiblesses d’écriture qui parfois instaure une distance avec le récit qui lui manque de rythme ce qui n’est pas totalement en adéquation avec l’énergie fougueuse du personnage incarné par Jérémie Renier, qui lui forme un formidable duo avec Laurent Capelluto. Une nouvelle fois, Louis Farge signe une réalisation léchée, aussi exigeante que les ambitions du personnage principal.
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ENCHAÎNÉS
(France Télévisions– 6×52′)
Pitch : Ile Bourbon, 1806. Après un cyclone dévastateur, la plantation de Charles Bellevue est dévastée. Ruiné, il n’a d’autre choix que de céder ses terres. Mais ses esclaves redoutent d’être vendus et séparés. Parmi eux, Isaac refuse son sort : il vient de découvrir que Charles Bellevue n’est pas seulement son maître. C’est aussi son père.
Un sujet nécessaire, dont il paraît tout à fait légitime que France Télévisions s’empare à travers la fiction. Malgré une réalisation soignée de Laure de Butler, l’ensemble peine à véritablement captiver, faute d’une réelle originalité face à d’autres récits sur l’esclavage, souvent plus impactant. Le jeu d’Olivier Gourmet interpelle également : très expressif, parfois excessif, il contraste avec un personnage pourtant plus nuancé, tiraillé entre son statut et une volonté sincère d’agir avec justice.
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GRANDIOSE
(TF1– 6×52′)
Pitch : Six adolescents font leur rentrée à La Ruche, un établissement scolaire pas comme les autres, spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire. À La Ruche on étudie et on se soigne. Malgré des origines sociales et des parcours de vie très différents, nos héros ont tous un point commun : un rapport problématique à leur poids et à leur corps. Ces âmes cabossées vont se reconnaître et devenir inséparables.
Je m’attendais à quelque chose d’un peu plus grandiose connaissant le talent de Fanny Riedberger pour produire des séries chorales puissantes, portées par des thématiques fortes. Le sujet, une fois encore, est passionnant, mais l’ensemble a quelque chose de très prévisible comme par exemple la scène de rafting. Certains personnages restent un peu caricaturaux et donc l’émotion n’est pas autant au rendez-vous que dans Les Randonneuses ou Le Diplôme. En revanche, Elisa Noyez s’impose comme la véritable révélation de la série. Elle incarne une Honorine haute en couleur, aussi drôle qu’attachante. Claudia Tagbo, de son côté, défend avec justesse un personnage touchant, figuure bienveillante, qui nous guide avec douceur au coeur de cette ruche.
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L’ÉTÉ 36
(TF1– 6×52′)
Pitch : Été 1936, Nice. Effarée, la bourgeoisie en villégiature, habituée à la Côte d’Azur et à ses privilèges raffinés, voit débouler de nouveaux vacanciers, profitant des premiers congés payés. Dans cette effervescence où deux mondes se côtoient sans chercher à se comprendre, quatre femmes de milieux différents vont se retrouver mêlées à un meurtre dans le très chic hôtel Riviera. Un crime qui va bouleverser leur vie de famille, amoureuse et professionnelle…
Avec L’Eté 36, on retrouve l’exigence qui faisait la force du Bazar de la Charité, et c’est un véritable plaisir de se plonger dans cette époque lumineuse où les congés payés faisaient le bonheur du peuple. Le principe de la murder party type cluedo permet habilement de mettre en mouvement tout ce petit monde porté par un quatuor aussi redoutable que glamour : Nolwenn leroy, Julie de Bona, sofia Essaïdi et Constance Gay. Mais derrère cette élégance se cache bien une affaire de meurtre un peu classique et qui a pour prétexte de faire avancer l’action. Rien de nouveau sous le soleil de Nice de ce côté-là. Mais, l’immersion dans les années 30 est totalement et jouissive avec une réalisation soignée de Fred Garson qui permet un voyage dans le temps total.
Avis : ![]()
PRIVILÈGES
(HBO Max– 6×52′)
Pitch : Dans les coulisses d’un palace parisien, le Citadel, Adèle (Manon Bresch), une jeune détenue décroche un poste de bagagiste grâce au programme de réinsertion mis en place par le tout-puissant directeur de l’hôtel, Édouard Galzain (Melvil Poupaud). Un pacte tacite se noue entre eux, propulsant la jeune femme dans un jeu de pouvoir souterrain où employés ambitieux, clients influents et réseaux extérieurs cherchent chacun à prendre l’ascendant. Peu à peu, elle transforme sa survie en ascension et s’impose comme une force imprévisible et essentielle, prête à saisir, ou à arracher, la place qu’elle estime mériter.
Une immersion élégante au coeur d’un palace parisien, portée par une atmosphère soignée et fascinante. Si l’ensemble ne révolutionne pas le genre de la série ayant pour l’arène un hôtel, le duo formé par Manon Bresch et Melvil Poupaud se révèle absolument remarquable.
Avis : ![]()
Cette édition 2026, pas de coup de cœur total mais de belles séries prometteuses qui m’ont laissées de bonnes premières impressions et dont je souhaite avec enthousiasme voir la suite.



