[VIDEO] A BETTER MAN : Anders Baasmo Christiansen et ses partenaires jouent avec les identités !

[VIDEO] A BETTER MAN : Anders Baasmo Christiansen et ses partenaires jouent avec les identités !

Et si un homme devenait une femme pour comprendre que son comportement masculiniste est toxique ? C’est ce que va expérimenter Tom en devenant Berit dans la série A BETTER MAN de Thomas Seeberg Torjussen. Cette série norvégienne propose un thriller psychologique et contemporain sur la masculinité toxique, l’identité et la solitude.

Tom tient le féminisme pour responsable de tout ce qui ne va pas dans la société moderne. Le jour, il travaille dans le magasin de vêtements de sa mère, et la nuit il trolle des femmes sur internet. Lorsque des hackers révèlent son identité et ses secrets les plus gênants, il se cache grâce à ce qui lui tombe sous la main : des vêtements de femme. Le monde s’ouvre alors à lui de façon surprenante.

Lors du festival Canneseries 2025, A Better Man a reçu le prix de la meilleure série et le prix de la meilleure interprétation pour le comédien Anders Baasmo Christiansen qui est époustouflant dans ce double rôle. J’ai eu la chance de l’interviewer avec ses camarades de jeu Ingrid Unnur Giæver qui joue Live, la journaliste qui a été victime des attaques de Tom et Jonas Strand Gravli qui joue Audun, le voisin de Tom.

 

Cette série m’a profondément questionnée et j’en ai discuté avec Thomas Seeberg Torjussen, le créateur et réalisateur de A Better Man. Il m’a confié ses intentions en terme d’écriture et de réalisation sachant que c’est un projet qu’il a imaginé en 2011 et qu’il reste actuel malgré les années…

Quel a été votre principal défi en tant que scénariste sur cette série ?

Je lis énormément de scénarios écrits par des auteurs qui sont tous très talentueux. Mais j’ai parfois le sentiment qu’il ne s’y passe pas suffisamment de choses. Alors, pour cette série, j’ai vraiment voulu construire un récit très dense, rempli d’événements. C’est presque comme Forrest Gump : il arrive énormément de choses à mon personnage principal, mais aussi aux deux autres protagonistes. C’est une histoire dont il faut accepter les prémisses. Et on ne sait jamais vraiment si le public va accepter de nous suivre dans cette aventure. C’était l’une de mes inquiétudes. Mais cela a aussi été l’une des expériences d’écriture les plus amusantes que j’aie vécues, parce que je connaissais très bien mes personnages. Par exemple, dans le troisième épisode, ce qui arrive à l’un d’entre eux est  complètement extravagant. J’éprouvais une sorte de plaisir secret à écrire ces situations.

 

Et en tant que réalisateur, quel a été votre principal défi ?

J’aime beaucoup mélanger le ridicule, la bêtise, l’intelligence et la sophistication. J’adore cette combinaison. J’aime les typographies volontairement stupides, le titre norvégien un peu idiot, mais j’aime aussi énormément le jeu de ces trois acteurs, que j’admire profondément. Le défi consiste à faire coexister tous ces éléments, à trouver un équilibre entre le sophistiqué et le ridicule. Je pense aussi qu’il y a quelque chose d’intéressant dans notre rapport à la création. Les choses que l’on aime et dont on peut parfaitement expliquer pourquoi on les aime sont généralement bonnes, mais rarement extraordinaires. En revanche, les choses que l’on aime instinctivement, sans vraiment savoir pourquoi, ce sont souvent les meilleures. Il fallait donc réunir autour de cette série une équipe capable de faire confiance à son instinct, de se lancer dans certaines propositions sans nécessairement chercher à tout analyser ou à tout rationaliser au préalable. C’était passionnant de constituer un groupe de personnes qui partageaient cette confiance dans quelque chose que nous ne pouvions pas vraiment expliquer. Cela a été un défi, mais aussi une expérience extrêmement enrichissante.

 

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Jonas Strand Gravli, Ingrid Unnur Giæver & Anders Baasmo Christiansen

 

Attention Zone de Spoilers : si vous avez pas vu l’épisode 1 en entier !

J’ai trouvé la série particulièrement juste dans sa représentation des incels et de la masculinité toxique. Elle m’a notamment fait penser à Adolescence. Votre personnage principal cherche à afficher sa virilité et méprise les femmes. Le choix de le transformer en femme, pour l’obliger à changer de perspective, est particulièrement intelligent. J’ai notamment été bouleversée par la scène de viol. C’est un choix narratif très fort, puisqu’il se retrouve confronté à une violence que les femmes peuvent subir. Pensez-vous que cette série soit particulièrement nécessaire dans notre société actuelle ?

Je ne suis pas certain d’être la bonne personne pour répondre à cette question. Mais l’ironie dramatique d’un homme qui menace quelqu’un de viol et qui finit lui-même par être violé est presque banale, d’une certaine manière. En revanche, si l’on souhaite transformer profondément un personnage, il s’agit évidemment d’un événement qui bouleverse toute son existence. Nous voulions vraiment aborder cette question. Je ne souhaitais pas l’éviter. Je voulais montrer cette violence, tout en respectant les personnes pour lesquelles une telle scène peut raviver des traumatismes. Mon premier long métrage parlait de jeunes hommes qui se prostituent. Je connais des hommes et des femmes qui ont subi des viols. Je savais donc qu’il serait inévitable que certaines personnes soient profondément affectées par cette scène. Cela m’est également arrivé, devant certaines œuvres, de devoir détourner le regard parce que ce que je voyais réveillait quelque chose de douloureux chez moi. Nous voulions donc traiter ce sujet avec le plus grand sérieux. Cette ironie dramatique peut sembler presque évidente, mais elle était présente dès le début du projet.

Quant au réalisme de la série, j’ai commencé à l’écrire en 2011. Entre-temps, j’ai notamment réalisé une série de zombies pour enfants qui parlait du fascisme, ainsi qu’un projet de science-fiction. Pendant toutes ces années, je continuais à travailler sur cette histoire en me disant régulièrement : « Il faudrait vraiment que cette série sorte maintenant ! » Je crois que, lorsqu’on imagine un univers suffisamment dystopique, il finit par devenir de plus en plus réaliste avec le temps. Quand j’ai commencé à écrire, ces hommes évoluaient dans les recoins les plus obscurs d’Internet. Aujourd’hui, ils sont à la putain de Maison-Blanche ! C’est étrange de voir à quel point ces idées ont émergé et gagné en visibilité. Concernant la masculinité, je pense que certaines personnes sont complètement perdues. Personnellement, j’ai eu énormément de chance. J’ai une compagne formidable, des enfants, des amis hommes et femmes. Mais le rôle des hommes, et notamment celui des pères, a profondément changé depuis la génération de mon propre père. Et lorsque ces rôles évoluent aussi radicalement, certaines personnes ne parviennent pas à suivre. Elles finissent alors par chercher un responsable à leur mal-être. Comme Tom, on peut commencer par se reprocher à soi-même ses échecs. Mais à force de se flageller, cela devient douloureux. Alors on finit par vouloir s’en prendre à quelqu’un d’autre. Et pour ces hommes, le féminisme devient la cause de tous leurs malheurs.

A Better Man (4×51′) est à découvrir sur Sooner

 

 

Lubiie

Experte dans le domaine des séries, blogueuse passionnée depuis 2006, professionnelle de l'audiovisuel, reporter de festival, jury de festival et intervieweuse aux multiples questions en séries. Tout mon monde tourne autour de l'actualité des séries.

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