[ITW] LES DISPARUS DES ARGONNES : De l’affaire de Mourmelon à la fiction, l’équipe de la série se confie

[ITW] LES DISPARUS DES ARGONNES : De l’affaire de Mourmelon à la fiction, l’équipe de la série se confie

« Il n’y a pas de petites vies, n’est-ce pas ? » dit le présentateur de l’émission Portés disparus à ses invitées, des mères à la recherche de leurs fils disparus, de jeunes appelés jamais arrivés à la maison lors de leurs permissions et que l’armée a longtemps considérés comme déserteurs. La mini-série LES DISPARUS DES ARGONNES revient sur l’affaire des disparus de Mourmelon. Adaptée du roman éponyme de Julie Peyr, l’autrice a mis à l’écran son œuvre avec Sonia Mohammed-Chérif, Mary Arnaud et Safy Nebbou, qui lui, en signe la réalisation. Au casting, Alix Poisson, Vincent Deniard et Mehdi Nebbou, le comédien qui est le frère du réalisateur. 

Suivez le combat de Jocelyne Veyrades, une mère de famille modeste dont le fils, Gilles, jeune appelé, disparaît en 1981 lors d’une permission. Alors que les autorités militaires évoquent une désertion, Jocelyne refuse d’y croire. Convaincue qu’un drame s’est produit, elle se lance dans une lutte acharnée pour découvrir la vérité. Au fil des années, d’autres jeunes appelés disparaissent dans des circonstances similaires. Face au silence de l’institution militaire et à l’inaction de la justice, Jocelyne rassemble les familles des disparus. Quand un militaire de carrière, interpellé dans des circonstances troublantes, est suspecté de ces disparitions, Jocelyne se retrouve face à une autre femme, aussi déterminée qu’elle. La soeur du suspect, obstinément décidée à prouver son innocence. À travers la quête d’une mère, la série explore les failles d’un système, les blessures du deuil et la détermination d’une femme ordinaire confrontée à l’inacceptable.

Récompensée du prix de la meilleure série drama / suspense au Festival de la fiction de La Rochelle 2026, j’ai eu la chance d’assister à la conférence de presse en présence de la romancière et scénariste Julie Peyr, le réalisateur Safy Nebbou et les comédiens Vincent Deniard (Fernand) et Medhi Nebbou (Jean Casanova).

Une affaire criminelle, un combat universel

Pour adapter son propre roman, Julie Peyr a dû repenser on histoire à travers un travail d’écriture collectif, une expérience différente de celle de romancière plus solitaire : « Je n’ai jamais eu l’impression de réécrire l’histoire, de me répéter. Ce qui est super, c’est le travail d’équipe », confie-t-elle. L’adaptation explore notamment les rapports de pouvoir au sein de l’institution militaire et le tabou de l’homosexualité dans l’armée, une dimension développée au fil des discussions entre scénaristes.

De son côté, au niveau de la réalisation, Safy Nebbou souhaitait éviter une reconstruction figée des années 80 : « L’idée, c’était de ne pas être dans quelque chose de mou, d’un musée qui racontait une histoire d’avant, mais d’être très concret et finalement très moderne. » Pour le réalisateur, la force du récit réside avant tout dans l’émotion et les enjeux, qu’il considère comme « universels » et « intemporels ».

Le défi des comédiens : entre vulnérabilité et sincèrité

Lors de cette conférence de presse, j’ai pu interroger les acteurs présents sur leur principal défi dans l’incarnation de leur rôle.

Face à la détermination de Jocelyne, son mari Fernand, interprété par Vincent Deniard, incarne une autre manière de vivre le drame familial. Un personnage profondément aimant, mais qui ne possède pas les mêmes ressources que son épouse pour mener le combat.

C’est d’accepter d’aller vers la vulnérabilité du personnage, sur le fait que c’est quelqu’un qui n’a pas les armes pour se battre et pour s’engager dans l’action et le combat comme sa femme. En tant qu’acteur, c’est ce qui m’a beaucoup passionné : cette dualité entre le fait qu’il soit très profondément attaché à sa famille, à ses enfants, à sa femme, et le fait qu’il n’ait tout simplement pas les moyens d’agir comme elle.
Cela sert le propos et l’histoire d’avoir ce personnage en contrepoint. Pour moi, c’était une piste très intéressante à travailler. On a évidemment travaillé ensemble, avec Safy, pour accepter d’être dans cette fragilité, dans cette vulnérabilité, mais aussi dans ces accès de violence, parfois. Ce sont des choses qui sont particulièrement intéressantes, j’allais dire amusantes, à explorer pour un acteur.

Vincent Deniard

MEHDI NEBBOU les disparus des argonnesDe son côté, Mehdi Nebbou, incarne Jean Casanova, un présentateur de télévision qui accueille les familles de disparus dans son émission. Un personnage à la frontière entre volonté sincère d’aider et recherche d’audience, pour lequel le comédien s’est notamment inspiré de grandes figures de la télévision de l’époque comme Pierre Bellemare.

Le défi, c’était de ne pas tomber dans la caricature, de ne pas en faire un personnage absolument inaccessible ou cynique. Il fallait trouver son humanité, sa sincérité. Parce que oui, ça a du sens pour lui, son métier. Il est vraiment là pour aider les gens. On n’est pas dans le spectacle. Est-ce qu’il y a une part de déni ? Ça, c’est possible. Mais lui, il est convaincu de ça. Et puis, il y a aussi l’addiction à la télé dans les années 80, et ça, je trouve ça assez jouissif. Mais là, on est dans quelque chose d’un peu plus contemporain. On a tendance à parler un peu trop vite et je trouve ça plus chouette de prendre le temps.

Mehdi Nebbou

Les Disparus des Argonnes marque également la première collaboration professionnelle entre Safy Mehdi Nebbou. Longtemps, les frères très actifs, dans le milieu audiovisuel et cinématographique, ont cherché un projet pour les réunir. À tel point que c’était un « running gag dans les soirées de famille » s’amuse Mehdi Nebbou. Mais après plus de vingt ans de carrières en parallèles, Les Disparus des Argonnes a été ce projet. Safy Nebbou justifie ce temps par « un petit peu de trac des deux côtés, mais un trac positif, dans une volonté que ça se passe bien ». Cette expérience a permis aux frères de découvrir une nouvelle facette de leur proche comme le dit Mehdi Nebbou : « C’était à la fois que je voyais mon frère au travail et inversement. Je ne l’avais pas conscientisé avant. » Mais, c’est aussi une aventure qui leur a donné envie de renouveler cette collaboration fraternelle.

safy et mehdi nebbou
Safy et Mehdi Nebbou
© Crédit photos Rebecca Vaughan Cosquéric

 

Enfin, Les Disparus des Argonnes, c’est une mini-série dont on ne ressort pas indemne, avec ce sentiment d’injustice qui persiste bien après le générique de fin. Portée par une musique magnifique, une réalisation soignée qui donne l’impression d’étouffement de par le malaise que provoque l’affaire. Alix Poisson excelle encore une fois dans ce genre de rôle de mère combattante, mais aussi Anne Charrier qui n’a pas un rôle facile à défendre est tout aussi remarquable.

Les Disparus des Argonnes (4×52′) est à découvrir sur France 2 !

Lubiie

Experte dans le domaine des séries, blogueuse passionnée depuis 2006, professionnelle de l'audiovisuel, reporter de festival, jury de festival et intervieweuse aux multiples questions en séries. Tout mon monde tourne autour de l'actualité des séries.

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