[ITW] OPÉRATION SABRE ou comment la Serbie affronte son passé récent à l’écran !

[ITW] OPÉRATION SABRE ou comment la Serbie affronte son passé récent à l’écran !

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Belgrade, 2003. Dès l’assassinat du Premier ministre de Serbie Zoran Djindjic, le pays tombe dans le chaos et le gouvernement déclare l’état d’urgence. Zoran Djindjic a été Premier Ministre de Serbie de 2001 à 2003 : ancien maire de Belgrade, l est surtout reconnu pour son rôle central dans la transition démocratique de la Serbie après la chute du régime de Slobodan Milošević et rapprocher la Serbie de l’Europe et de l’état de droit. Fait marquant  : ce dernier avait permis en 2001 le transfert de Slobodan Milosevic et d’autres criminels de guerre au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie à La Haye. La série serbe OPÉRATION SABRE (Sablja) revient sur le destin de cet homme politique en adoptant le point de vue d’une journaliste, d’un inspecteur de police et d’un criminel sur le grand tournant de l’histoire contemporaine de la Serbie.-

Afin de mieux comprendre les enjeux de cette série serbe au sujet politique et historique délicat présentée à Canneseries (où elle décroche le prix d’interprétation pour l’ensemble du casting) et distribuée par Beta Films, j’ai eu l’opportunité d’interroger les créateurs, scénaristes et réalisateurs de la série Vladimir Tagić et Goran Stanković ainsi que la productrice Snežana van Houwelingen.

Tout d’abord, la productrice Snežana van Houwelingen rappelle le contexte, la série Opération Sabre qui est imaginé quinze ans après l’assassinat Zoran Djindjic et confie : « Le sujet est encore sensible et de nombreux politiciens de l’époque sont encore actifs. En tant que productrice, j’ai essayé de réaliser un tournage fluide pour protéger les acteurs et les créatifs autant que possible, pour qu’ils puissent faire leur travail dans un environnement protégé et sûr. C’était le le plus important, parce qu’un sujet sensible comme celui-là, avec de vrais faits, de vrais noms et des politiciens, parfois, certaines personnes peuvent avoir peur de ce qu’on va dire, du type d’histoire ou de l’angle qu’on va utiliser pour raconter cette histoire ».  La productrice qui est fière d’avoir pu monter ce projet, elle, qui a profond respect pour le défunt Premier Ministre, Zoran Djindjic, et assure n’avoir reçu aucune censure de la part de la chaîne publique qui a diffusée la série.

opération sabre arte
Dragan Mićanović© This and That Productions

 

Alors, est-ce que c’était le bon moment de raconter cet événement historique et politique majeur de la Serbie ? Vladimir Tagić  partage son ressenti : « Il n’y a pas de bon ou de mauvais moment pour ce genre d’histoire. On nous a posé cette question en Serbie, les gens demandent : Est-ce le moment de raconter ça ? Peut-être que vous devriez attendre encore un peu. Je ne pense pas qu’il faille attendre et rendre le sujet plus fade ou moins important. On devrait en parler maintenant. Peut-être même que quelqu’un aurait pu le faire plus tôt ? Pourquoi pas ? C’est important de faire face à votre présent et à votre passé récent, parce qu’ils sont tellement liés. Et oui, c’est controversé et dangereux, mais c’est nécessaire ». Une fois le risque évalué de s’attaquer à un sujet sensible, Opération Sabre a nécessité quatre ans de recherche de la part du duo Vladimir Tagić et Goran Stanković. Ce dernier raconte le processus de recherches qui impliquait de « consulter des documents confidentiels de la police, euh, de passer en revue les transcriptions du procès, de parler à des témoins de l’époque ». Un long travail indispensable pour pouvoir dégager trois points de vue sur le sujet.

Trois personnages fictionnels pour permettre aux téléspectateurs une immersion émotionnelle. Goran Stanković parle d’une révélation à l’écriture : « La meilleure façon pour nous de raconter cette histoire, sans en faire un documentaire et avec tous les faits que nous avons trouvés, c’était en fait de placer nos personnages fictifs au centre de l’histoire. Et à travers eux, nous pouvions parler de nous-mêmes et permettre aux gens de s’identifier à des êtres humains, pas seulement à des politiciens ou criminels qui sont des personnes réelles sur lesquelles on a déjà un avis. Mais ces personnages fictifs, eux, on peut facilement les reconnaître parmi nous, dans le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, et dans celui d’alors ». Dès lors, ces personnages devaient incarner des points de vue précis, Goran Stanković ajoute : « Il nous fallait le point de vue des médias, ce qui est représenté par notre journaliste, la femme, qui est le personnage le plus fort de la série. Il nous fallait aussi le côté criminel. Donc, on a un jeune criminel qui entre dans ce monde sans vraiment le vouloir mais y rentre en profondeur. Puis, on a un inspecteur de police avec le point de vue de la police. Évidemment, Zoran Djindjic est l’un des personnages principaux, et, on le savait dès le début. Mais malheureusement, c’est lui qui se fait assassiner. Donc il faut raconter ce qui s’est passé après« . La productrice Snežana van Houwelingen complète en soulignant que : « Chaque épisode commence par une décision prise par Zoran Djindjic et ensuite, au cours de l’épisode, on voit les conséquences de cette décision ». Vladimir Tagić insiste en rappelant l’importance de ce Premier Ministre dans la narration sérielle malgré son trépas : « Même s’il est tué dès le premier épisode, c’est lui qui donne le ton à chaque épisode, car on le retrouve au début de chaque épisode dans un flashback. On peut y voir le chemin difficile qu’il a parcouru durant ses deux années de mandat. On voit à quel point ce chemin était compliqué, et les décisions vraiment difficiles et toujours controversées qu’il a dû prendre : des décisions que personne d’autre ne voulait prendre, mais qu’il a prises. Et c’est ainsi, en quelque sorte, qu’on trace son parcours depuis le début de son mandat jusqu’à son assassinat ».

opération sabre fiction serbie
Milica Gojković
© This and That Productions
Copyright ». Andere Verwendungen

 

Enfin, même si les personnages sont fictifs et ils ont été la bonne clefs d’entrée pour le duo de créateurs puisque que Vladimir Tagić dit : « À travers les personnages, nous exprimons notre idée en trouvant notre propre angle pour raconter l’histoire. C’est pour cela que c’est important. Il ne s’agit pas seulement de raconter la vérité factuelle. Il s’agit aussi de comprendre cette vérité et de la relier au moment présent, à l’époque dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Donc, à travers ces personnages fictifs, nous parlons de la Serbie d’aujourd’hui, d’une certaine manière. Et de où nous en sommes en tant que société, et de ce qui n’est pas dit ». Alors, si vous êtes curieux sur l’histoire de la Serbie contemporaine, Opération Sabre est une bonne entrée en matière en retraçant de façon habile avec un soupçon de thriller le destin court et tragique d’un homme qui a essayé d’emmener son pays vers plus de liberté au péril de sa vie…

Opération Sabre (8×55′) est disponible sur Arte.tv !

Lubiie

Experte dans le domaine des séries, blogueuse passionnée depuis 2006, professionnelle de l'audiovisuel, reporter de festival, jury de festival et intervieweuse aux multiples questions en séries. Tout mon monde tourne autour de l'actualité des séries.

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