[VIDEO] Stephen Wight philosophe sur son personnage du frère dans  WAITING FOR THE OUT !

[VIDEO] Stephen Wight philosophe sur son personnage du frère dans WAITING FOR THE OUT !

Et si la vraie liberté en prison, c’était de philosopher ? C’est le concept de la série WAITING FOR THE OUT  de la BBC créée et écrite par Dennis Kelly d’après les mémoires d’Andy West. Ce dernier enseigne la philosophie en milieu carcéral depuis 10 ans, est l’auteur de The Life Inside: A Memoir of Prison, Family and Learning to be Free (traduction : La vie à l’intérieur : mémoires de prison, de famille et d’apprentissage de la liberté). Dans le rôle titre de Dan, l’acteur britannique Josh Finan accompagné de Stephen Wight dans le rôle de son frère Lee.

Dan, philosophe, accepte une nouvelle offre pour donner des cours en prison. Au fil des débats, les grands dilemmes de l’humanité prennent un tout autre sens à travers les yeux des détenus. Confronté à sa propre histoire familiale, marquée par un père et un frère derrière les barreaux, Dan est assailli par son trouble obsessif compulsif : et s’il était lui aussi fait pour la cellule ? Sa crise identitaire s’aggrave, menaçant bientôt son avenir et la sécurité de sa famille.

Stephen Wight était avec Dennis Kelly pour défendre Waiting For The Out à Séries Mania et ce fut l’occasion de discuter plus en profondeur de son personnage, Lee, le frère du héros. Un personnage qui a connu la prison et qui est jeune papa au moment où on fait sa connaissance dans la série. Le comédien revient sur ses responsabilités de frère dans cette histoire en vidéo…

 

WAITING FOR THE OUT de l’intérieur avec son créateur, Dennis Kelly 

Avec la série Waiting For The Out, Dennis Kelly remporte le prix du meilleur scénario au festival Séries Mania. Bien avant qu’il reçoive la récompense, j’ai eu la chance d’échanger avec l’auteur afin de mieux comprendre son travail d’adaptation ainsi que sa vision du récit en série.

La série Waiting For The Out est librement inspirée des mémoires d’Andy West. Pourquoi avez-vous ressenti que c’était le bon moment pour adapter ce récit en série ?

Dennis Kelly : « Ce qui m’a attiré vers le livre, c’était probablement Andy lui-même. Andy est une personne assez inhabituelle. Par exemple, quand on le voit évoluer dans le monde, il ressemble à quelqu’un de tout à fait ordinaire, de classe moyenne, qui vit dans un quartier sympa de Londres,  exactement ce qu’on imaginerait. Mais ensuite, on se rend compte que son père a été en prison, son frère aussi, son oncle aussi. Il ne correspond absolument pas à ce qu’il est réellement, ni dans son apparence ni dans sa manière d’être. Je me souviens que Josh Finan (acteur principal) m’avait raconté qu’un jour, lorsqu’ils sont allés en prison, Andy portait un chino et des mocassins sans chaussettes, et Josh se disait : « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu ne peux pas t’habiller comme ça en prison. » Mais Andy le fait, parce que c’est tout simplement lui, il reste fidèle à lui-même. C’est ça qui m’a vraiment captivé : il y a quelque chose chez Andy que je n’ai vu nulle part ailleurs. Mais il y a aussi le livre en lui-même. À l’époque, je m’intéressais beaucoup à l’écriture. Je voulais trouver une manière de parler de la masculinité sans tomber soit dans le discours sur la masculinité toxique, soit dans l’extrême opposé,  ces hommes un peu plaintifs qui disent : « Oh, c’est tellement dur pour nous maintenant. » J’avais l’impression qu’il existait toute une histoire sur la masculinité qui n’était pas racontée. Et quand j’ai lu ce livre, je me suis dit : « Voilà, c’est ça. C’est celui qui peut le faire. » »

Pouvez-nous en dire plus sur votre collaboration avec Andy West ?

Dennis Kelly :  » Andy porte en quelque sorte trois casquettes. L’une est celle de consultant sur tout ce qui concerne la prison. Donc on allait le voir et on discutait avec lui de ces aspects. Une autre correspond à ses propres idées créatives. Ainsi, quand on lui donnait le scénario, il me disait ce qu’il en pensait. Et la troisième, c’est en tant que personne sur laquelle l’histoire est basée, même si, évidemment, il est la source prinicipale sur le sujet, ce n’est pas exactement lui. C’était vraiment une très bonne collaboration. Il a été vraiment formidable. Il y a eu des choses qu’il a trouvées un peu difficiles, parce que je m’éloignais parfois de sa propre histoire. Mais il a toujours été très généreux à ce sujet. Et il y a eu aussi des moments où nous avons réalisé clairement que nous ne voulions pas faire certaines choses. Lui doit vivre avec cela pour le reste de sa vie. La série va exister, elle sera basée sur lui, même si ce n’est pas exactement lui, et il devra vivre avec ça. Nous en étions conscients, et nous ne voulions rien faire qui puisse être difficile pour lui à assumer. Il ne co-écrivait pas avec moi, nous ne construisions pas la série ensemble. Mais il lisait les scénarios et me donnait son avis.  Puis, il faut faire son propre travail de dramatisation et créer son univers. Une chose qui ressortait clairement du livre, c’est qu’il te donne toutes ces choses incroyables presque gratuitement. Il t’offre des personnages dont tu comprends immédiatement qui ils sont, ainsi que plein d’éléments très intéressants sur la vie. Tout ça t’est donné sur un plateau. Toute la dimension philosophique aussi, tu peux t’en servir, c’est incroyable. Mais ce qui est plus difficile, c’est qu’il n’y avait pas, de manière évidente, une histoire adaptée à la télévision. Ce n’est pas structuré avec un début, un milieu et une fin. Il n’y a pas vraiment d’arc dramatique comme on en a besoin. Il y a beaucoup d’histoires très intéressantes, mais pas forcément pour la télé. Et j’ai tout de suite compris que le défi serait de trouver cette histoire. Andy le savait aussi. Donc, d’une certaine manière, on savait qu’on allait devoir s’éloigner un peu de la réalité. »

Par conséquent, quel a été votre principal défi pour vous ?

Dennis Kelly : « Nous savions dès le départ que nous ne voulions pas que ce soit du genre des gens qui se font poignarder sous la douche. On savait que ce ne serait pas ce type de récit. Par conséquent, l’histoire n’allait pas être faite de hauts et de bas constants. Elle allait être beaucoup plus réaliste, beaucoup plus proche du monde réel. Le défi, c’était donc de faire ça tout en gardant une certaine cohérence, en maintenant le cap. Il y avait aussi d’autres défis. Par exemple, il était important pour nous de ne jamais rendre le récit ouvertement politique. C’était assez difficile de s’y tenir. Et puis, trouver l’équilibre entre la personne réelle et le personnage fictif était aussi un défi. Éviter de partir dans des directions un peu absurdes. C’était l’une des choses les plus difficiles. Un autre point concernant Andy : il y a une version possible de l’histoire, on le perçois un peu dans le premier épisode, où il paraît un peu maladroit, un peu hésitant. Mais en réalité, Andy, ce n’est pas sa première fois en prison. Il connaît la prison. Donc il a fallu constamment se rappeler que, même s’il a l’air et la voix d’un garçon sympa de classe moyenne, qui a été dans une école privée, ce n’est pas vraiment qui il est. C’est quelqu’un de très différent. Dans la première scène, le moment que je préfère, quand il est en prison, c’est quand il reprend le contrôle. On a l’impression que tout part en vrille, et là il dit : « Vous voulez parler de liberté, c’est ça ? D’accord. Ulysse. » Il commence à écrire « Ulysse ». Et l’autre dit : « Ah, l’Odyssée. » Et il lui reprend le stylo et dit : « Alors, Ulysse était… » Et là, c’est le moment où, selon moi, Dan prend vraiment vie. J’ai vécu un moment similaire avec Andy pendant un cours. Il y avait un type un peu agité qui n’arrêtait pas de dire : « Monsieur, monsieur, monsieur… » Et j’ai dit à Andy : « Je crois que ce gars veut vous parler. » Et Andy a répondu : « Je sais qu’il veut me parler, mais il veut aussi prendre le contrôle de mon cours, et ça n’arrivera pas. » Et là, tu comprends qu’il y a une vraie force chez Andy. Et c’était important de s’en souvenir pour Dan : il n’y a pas que cette force, mais il peut être dur aussi. Alors, c’était un équilibre difficile à trouver : entre quelqu’un qui peut paraître assez doux, mais qui a aussi le feu en lui. »

Qu’est-ce que vous aimeriez que le public retienne de la série ?

Dennis Kelly : « C’est une bonne histoire. C’est une bonne, euh… discussion philosophique, qui est au cœur de la série télé. Comment cela s’inscrit-il dans les échanges en prison ? Est-ce que cela en change le sens d’une certaine manière, ou l’impact ? Elles sont bien plus importantes en prison. Parce que si toi et moi parlons de liberté, ce sera une discussion intéressante. Mais en prison, c’est là que ça prend vraiment tout son sens. C’est pareil pour la chance : est-ce que j’ai de la chance de vivre la vie que j’ai ? Est-ce que je l’ai méritée, ou bien est-ce simplement une accumulation de hasards ? Ce sont des questions qui comptent énormément en prison. Le choix, des choses comme ça. Et bien sûr, la morale. Si Andy dit que ce n’est pas spécialement la philosophie qui l’intéresse, ce sont plutôt les discussions qu’elle suscite. J’ai été en prison avec Andy quand il animait ces cours, et on se retrouve avec des conversations vraiment intéressantes. Ces gars, qui la plupart du temps n’ont pas l’occasion de parler comme ça… d’habitude, en prison, on parle seulement de la prison : de son avocat, de ce qui se passe dans les couloirs, de ceci, de cela. Là, ils ont un moment pour parler de quelque chose d’un peu plus grand. Et oui… je pense que ça les fait se sentir un peu plus humains, »

Waiting For The Out est une série diffusée sur la BBC mais qui n’a pas encore de diffuseur en France.

Lubiie

Experte dans le domaine des séries, blogueuse passionnée depuis 2006, professionnelle de l'audiovisuel, reporter de festival, jury de festival et intervieweuse aux multiples questions en séries. Tout mon monde tourne autour de l'actualité des séries.

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