[VIDEO] CALIFORNIA AVENUE : Bill Nighy et Tom Burke au cœur de la série la plus intime d’Hugo Blick

[VIDEO] CALIFORNIA AVENUE : Bill Nighy et Tom Burke au cœur de la série la plus intime d’Hugo Blick

Angleterre, années 70, des caravanes et des outsiders qui essaient de faire famille. C’est un peu l’ambiance de la série CALIFORNIA AVENUE d’Hugo Blick ! Pour rappel, Hugo Blick est connue pour avoir les séries The Honorable Woman et The English. Avec California Avenue, le créateur de série signe son œuvre la plus intime et il me l’a confié en interview.  Sous le soleil anglais de 1975, la tranquillité d’un parc de caravanes isolé est bousculée par l’arrivée de Lela et Bee, ravivant les secrets enfouis d’une famille atypique.

Hugo Blick avait déjà présenté une de ces séries à l’auditorium Lumière à Cannes lors du MIPCOM pour la série The English, un western bien différent de California Avenue qu’il présente à Canneseries alors il s’amuse : « J’étais honoré d’avoir la projection de The English ici et maintenant, je reviens avec trois caravanes. » Puis, il est venu au festival en bonne compagnie avec les comédiens Tom Burke que j’ai pu interviewé longuement en vidéo solo et Bill Nighy s’est arrêté au micro de Lubie en Série sur le tapis rose.

Tom Burke joue l’outsider Cooper

 

Bill Nighy incarne un double du grand-père d’Hugo Blick

 

Hugo Blick se livre à cœur ouvert sur CALIFORNIA AVENUE !

Comme il le dit lui-même Hugo Blick est un cinéaste et il apprécie tout particulièrement réalisé ce qu’il écrit pour la télévision. Un véritable téléspectateur qui aime la télévision pour laquelle il a écrit et réalisé de nombreuses séries. Avec California Avenue, il se rapproche de son intimité et de sa famille pour y peindre son propre portrait.

CALIFORNIA AVENUE semble plus intime que vos séries précédentes, est-ce une tournant volontaire de votre part ?

Hugo Blick : « Oui. Je pense que, tout particulièrement avec le projet précédent, que j’ai réalisé avant celui-ci, qui était un western avec Emily Blunt, nous étions allés aussi loin et aussi grand que possible. Et je me suis demandé : qu’est-ce qu’on fait ensuite ? Comment on continue après quelque chose d’une telle ampleur ? Et au lieu de continuer à regarder vers l’extérieur, j’ai eu envie de me tourner vers l’intérieur, de revenir en arrière, en quelque sorte, et d’explorer quelque chose de plus intime. Je me suis alors demandé… Parce que la série est semi-autobiographique. Mes grands-parents vivaient en marge du système, avant même qu’il y ait réellement un système dont on puisse être marginalisé. Ils vivaient dans une caravane, presque exactement la même que celle de California Avenue, et ils avaient à peu près la même histoire à raconter que celle de la série. C’est donc devenu le point de départ. D’une certaine manière, j’avais envie de regarder les personnes qui m’ont inspiré ou encouragé à devenir cinéaste, celles qui ont rendu possible quelque chose comme The English. Je voulais, en quelque sorte, montrer à la télévision les personnes qui avaient nourri cette envie. Mais ce n’était que le début. Ce que je ne m’attendais pas à trouver, et qui s’est révélé très fort émotionnellement, c’est cette idée de ce que signifie être un outsider, quelqu’un mis à l’écart de la société. Et aussi ce que cela signifie d’appartenir à une famille, puis de tenter de reconstruire une famille brisée, fragmentée d’une manière ou d’une autre. Et dans cette marginalité, tous ces personnages finissent par se réunir justement parce qu’ils partagent ce statut d’outsiders. C’est ce qui est fascinant. C’est ce qui a commencé à donner des ailes au projet, au-delà de l’aspect autobiographique, jusqu’à lui donner son propre univers, sa propre identité. Donc une partie est fictionnelle, une autre est inspirée de ma propre histoire. Voilà comment tout a commencé. Et ensuite, la vraie question est devenue : qu’est-ce que cela signifie d’être un outsider ? Et ce que j’ai découvert, c’est que les personnes les plus ostracisées sont souvent celles qui ont le plus de choses à nous dire aujourd’hui. »

Le personnage de Bill Nighy est inspiré de votre propre grand-père ! Pourquoi il était l’acteur parfait pour incarner le rôle ?

Hugo Blick : « Je n’avais que Bill en tête. J’ai approché Bill Nighy dès que j’ai eu le concept du projet. En réalité, il n’avait jamais rien fait de semblable auparavant, mais je savais qu’il en était capable. Je savais à quel point il était intelligent dans son travail sur les accents et à quel point il était fort dans la composition de personnages. Et puis, physiquement, il ressemblait énormément à mon propre grand-père. Au départ, c’était simplement sur ce point-là. Ensuite, nous avons travaillé ensemble de manière très minutieuse. Ma famille venait d’un endroit appelé le West Yorkshire, de Haworth, près de Bradford, et c’est un accent très particulier. Bill est monté là-bas et il a cette méthode : il entre simplement dans un pub, parle aux gens, leur explique qui il est et ce qu’il fait, puis il leur demande de discuter naturellement avec lui. Il enregistre tout, et c’est ainsi qu’il trouve l’accent. Et quand il est revenu, j’ai été stupéfait : il avait tout saisi. Je l’ai déjà dit, mais je le redis : il n’aurait pas pu être plus proche de mon grand-père, à moins d’aller le déterrer lui-même. Et je le dis comme un immense compliment. C’était assez remarquable. Il s’est tellement rapproché du personnage que je n’avais même plus besoin de lui donner beaucoup d’indications. D’ailleurs, je donne rarement énormément de directions aux acteurs, je fonctionne davantage à l’intuition, sur la même longueur d’onde qu’eux. Mais lui était allé si loin dans le personnage qu’il avait même adopté certaines manières ou gestes que je ne lui avais jamais décrits ni demandés, et qui étaient pourtant exactement ceux de mon grand-père. »

CALIFORNIA AVENUE tom burke hugo blick bill nighy
Tom Burke, Hugo Blick & Bill Nighy

 

Quelle part de votre histoire personnelle avez-vous mise dans cette série ?

Hugo Blick :  » Il y a donc un enfant dans l’histoire, interprété par une petite fille, Cammie Liebreich, qui est formidable dans la série. J’ai légèrement changé le genre par rapport à moi-même, en partie pour prendre un peu de distance et gagner en objectivité, mais aussi parce que, honnêtement, je pense que les enfants sont assez fluides de toute façon. C’était donc intentionnel. Et cela reflétait aussi ma propre position de témoin à l’époque. Elle fonctionne vraiment comme un personnage à part entière dans l’histoire, presque un cinquième personnage, en quelque sorte témoin de tout ce qu’elle observe. D’une certaine manière, tout le projet adopte donc, par moments, le point de vue d’un enfant. C’est difficile de définir précisément le genre de ce projet. Il paraît assez atypique. Mais il possède quelque chose des films britanniques des années 1960 comme Chitty Chitty Bang Bang ou The Railway Children : des personnages vivant un peu en marge, dans une Angleterre rurale. Et comme dans ces films — Oliver! en est un autre exemple — on aborde des thèmes très adultes à travers le regard d’un enfant. On assiste donc à des choses assez dures, mais d’une manière qu’un enfant pourrait comprendre ou percevoir. Ce n’est pas quelque chose de profondément laid ou insoutenable, mais c’est prenant, captivant. Ce n’est pas une œuvre dont on se dit : « Oh, je ne peux pas regarder ça. » Au contraire, c’est à la fois fort et chaleureux.Mais il y a malgré tout une certaine rugosité, une matière plus âpre, simplement montrée sous un angle particulier : celui d’un enfant. Évidemment, la série n’est pas entièrement prisonnière de ce point de vue puisque nous voyons aussi des scènes auxquelles elle ne participe pas. Donc ce n’est pas totalement subjectif, mais toute l’attitude du récit reste profondément marquée par ce regard d’enfant. »

Vous êtes à la fois scénariste et réalisateur de vos séries, comment gérer ces deux casquettes ?

Hugo Blick : « Je suis un cinéaste de vocation, dans le sens où je ne fais jamais vraiment les choses par obligation. Si je n’ai rien à peindre, alors je ne peins pas. Mais si j’ai quelque chose à “peindre”, c’est-à-dire une histoire à raconter, alors je l’écris et je la réalise. Pour moi, les deux ne font qu’un. Parce qu’au fond, il s’agit toujours du même geste : réaliser un portrait. J’essaie simplement de m’en approcher le plus possible, comme un peintre le ferait. Donc je ne sais jamais vraiment où s’arrête l’écriture et où commence la mise en scène ; les deux sont indissociables. C’est ainsi que le portrait prend forme. Certaines personnes disent :  Oh, vous êtes un showrunner.  Mais en réalité, je ne le suis pas vraiment, parce que je ne dis pas aux autres quoi faire. Je me contente simplement de peindre un portrait, et c’est tout. Et parfois, quand ce portrait est terminé, je me dis : Voilà, c’est fini, je n’aurai peut-être plus jamais besoin de refaire quoi que ce soit.  Puis quelque chose commence à me démanger, une idée grandit peu à peu, et un nouveau portrait apparaît. Mais ce n’est jamais quelque chose que j’attends ou que je planifie. »

Qu’est-ce que vous aimeriez que le public retienne une fois qu’ils ont vu l’ensemble des épisodes de la série ?

Hugo Blick : « C’est une très bonne question ! Cela revient à cette idée des marginaux, des exclus : ces personnes que l’on pense avoir rejetées, alors qu’en réalité elles ont énormément de choses à nous apprendre. La décence, le fait d’être quelqu’un de bien, ou encore de former une famille soudée peuvent naître dans les endroits les plus inattendus. Et ce sont précisément ces liens-là auxquels nous devrions croire. »

California Avenue (6×60′) sera diffusée dans l’année sur BBC 1 et pour le moment, la série n’a pas de diffuseur français mais on espère que ce sera bientôt le cas parce que c’est une très jolie série très tendre, réalisée et écrite avec finesse sans compter le casting merveilleux. 

Lubiie

Experte dans le domaine des séries, blogueuse passionnée depuis 2006, professionnelle de l'audiovisuel, reporter de festival, jury de festival et intervieweuse aux multiples questions en séries. Tout mon monde tourne autour de l'actualité des séries.

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